S&P relance le débat sur la croissance et la dette publique en Europe
Standard & Poor’s n’a pas de tabou. Vendredi soir, elle a dégradé d’un cran, à AA+, la note de la Finlande, l’un des trois derniers pays de la zone euro (avec l’Allemagne et le Luxembourg) qui avait conservé son AAA en dépit de la crise des dettes souveraines en 2010 et 2011. «L’économie finlandaise pourrait subir une stagnation prolongée, en raison du vieillissement de sa population, de la réduction de sa main-d’œuvre, de l’affaiblissement de la demande extérieure, d’une perte de part de marché mondiale, ainsi que d’un marché du travail relativement rigide», a énuméré l’agence, qui a toutefois associé une perspective stable à la nouvelle note.
La Finlande souffre en effet de la chute de ses exportations consécutive à la crise de la zone euro, ainsi que des difficultés de Nokia et de son industrie papetière. Sans parler de la crise ukrainienne et du ralentissement en Russie, partenaire commercial essentiel. Selon S&P, le PIB de la Finlande est inférieur de 6% à celui de 2008 et sa dette publique pourrait avoir doublé entre 2007 et 2017.
Espérant éviter ce camouflet, la Finlande avait depuis 2011 réduit les dépenses publiques et augmenté les impôts de 6,4 milliards d’euros, soit 2,8% de son PIB. Précisant que la décision de S&P était attendue, son premier ministre Alexander Stubb a toutefois appelé le gouvernement et l’opposition à une réunion le 15 octobre avec les partenaires sociaux et la Banque centrale.
De son côté, la France a évité une nouvelle dégradation de sa note à long terme, alors qu’elle a déjà perdu deux crans depuis 2012. Mais si elle conserve son AA, elle voit sa perspective passer de stable à négative.
L’agence doute de la capacité politique de la France à mener des réformes. C’est pourquoi «la reprise de l’économie pourrait tarder et les finances publiques pourraient se détériorer au-delà de 2014, même si ce n’est pas notre scénario central». S&P a d’ailleurs révisé sa prévision de déficit public à 4,1% du PIB en moyenne pour la période 2014-2017, contre 3,2% précédemment.
Le ministre des Finances Michel Sapin a relativisé cette décision: réaffirmant «la qualité de la signature de l’Etat français», il indique que «la situation économique pèse sur nos équilibres budgétaires, mais le gouvernement a fait le choix de maintenir le cap. Nous poursuivrons les réformes nécessaires pour soutenir la croissance à moyen terme. La dette française est parmi les plus sûres et les plus liquides du monde, avec une charge très contenue».
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