S&P met en lumière les écarts de compétitivité en Europe
La rigueur budgétaire, pourtant au cœur du traité sur le point d'être adopté par les Européens, ne devrait pas être la seule solution
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Solenn Poullennec
L’agence Standard and Poor’s ne s’inquiète pas seulement de l’incapacité des politiques à trouver une solution crédible à la crise qui secoue l’Europe. En dégradant 9 pays européens vendredi, elle a aussi pointé du doigt les problèmes de compétitivité auxquels ils font face. L’agence souligne que l’accord du 9 décembre dernier, qui prévoit la signature d’un traité d’union économique, se base sur un «diagnostic incomplet des causes de la crise, à savoir que les turbulences financières actuelles proviendraient essentiellement du laxisme budgétaire à la périphérie de la zone euro».
Et d’ajouter: «les problèmes financiers auxquels la zone doit faire face sont au moins autant la conséquence de l’accroissement de déséquilibres extérieurs et de divergences en matière de compétitivité entre les pays du noyau dur de la zone et les pays dits périphériques». Il y a effectivement de quoi s’inquiéter pour Jean-Christophe Caffet chez Natixis qui remarque que la France est l’un des seuls pays de la zone euro à voir son déficit courant s’aggraver.
Aux yeux des analystes de Bank of America Merrill Lynch, l’analyse de l’agence est cependant ambiguë. «Des mesures pour soutenir la croissance européenne seraient bienvenues mais comme S&P n’a pas changé la note de certains pays, nous ne savons pas quelle importance accordent les agences aux forces et faiblesses de chaque pays par rapport au cadre budgétaire», écrivent-ils.
Au nom de la croissance et de la compétitivité, S&P remet en tout cas en doute l’utilité du nouveau traité qui doit forcer les pays à rester sur la voie de l'équilibre budgétaire. «Si nous continuons à faire ce que nous faisons, l’euro éclatera complètement», regrettait, à ce propos, François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique, lors du colloque risque pays de la Coface hier. L’expert estimait que le nouveau traité, qui prévoit un plafond déficit à 0,50% du PIB, aura beaucoup de peine à être appliqué. Et en poussant tous les pays européens à faire des réductions budgétaires en même temps, il nuira à leur croissance.
«Une fois de plus, on est tombé dans le piège de la règle automatique», a également déploré, Patrick Artus, économiste en chef chez Natixis. L’économiste regrette que l’Europe n’ait pas opté comme les Etats-Unis pour une réduction de la dette plus progressive.
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