BlackRock vote de plus en plus pour faire passer ses messages
Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde a soutenu davantage de résolutions d’actionnaires dans les assemblées générales en 2020-2021.
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Adrien Paredes-Vanheule
BlackRock a voté en faveur des résolutions dans 87,6% des cas.
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Bloomberg
BlackRock se sait toujours plus attendu au tournant depuis les engagements pris en janvier 2020 par son directeur général Larry Fink en matière de durabilité et de transparence puis ceux en janvier 2021 en faveur de la transition vers une économie zéro carbone et une société plus inclusive. La société de gestion utilise donc davantage le vote pour leur donner corps. Selon son rapport d’engagement et de vote pour la saison 2020-2021 des assemblées générales des sociétés cotées, BlackRock s’est prononcé sur 165.738 résolutions de 13.190 entreprises, tous sujets confondus. Au total, la société de gestion américaine a voté en faveur des résolutions (145.185 résolutions) dans 87,6% des cas et contre ou s’est abstenu dans 12,4% des cas (20.553 résolutions). Dans 42% des assemblées générales s’étant déroulées en 2020-2021, BlackRock a voté contre une ou plusieurs résolutions proposées par le management.
La gouvernance, principal sujet d’opposition
Dans les faits, BlackRock s’est notamment opposé 6.560 fois aux élections et réélections de dirigeants d’entreprises dans lesquelles il est investi, ce qui représente plus de 10% des résolutions liées à ces sujets. Le manque d’indépendance et de diversité au sein des conseils d’administration des sociétés investies - surtout en Asie-Pacifique et Amérique respectivement - ont été les principaux motifs d’opposition de BlackRock. Au sujet de la diversité et de l’inclusion, la société indique par ailleurs à L’Agefi qu’elle n’attend pas des sociétés européennes qu’elles dévoilent ce type d’informations.
Les inquiétudes concernant les rémunérations des dirigeants d’entreprises arrivent en troisième position des motifs d’opposition de BlackRock aux résolutions. Elles se sont surtout traduites dans les votes contre les sociétés basées dans la région Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA). Le gestionnaire a ainsi voté contre un tiers des résolutions dites «Say on Pay» dans la région EMEA. Dans le contexte de Covid-19, les entreprises qui avaient présenté ces résolutions avaient ajusté leurs objectifs de performance après avoir manqué leurs objectifs.
BlackRock a aussi voté 255 fois contre les élections ou réélections de dirigeants de 319 entreprises en raison d’inquiétudes liées au climat (soit dans 2% des 13.190 entreprises pour lesquelles il a dû se prononcer en tant qu’actionnaire).
Même si elles n’ont formé que 1% de toutes les résolutions votées, BlackRock se réjouit d’avoir davantage soutenu les résolutions déposées par les actionnaires. La firme a doublé son soutien aux résolutions d’actionnaires, de 17% en 2019-2020 (155 résolutions soutenues sur 889) à 35% en 2020-2021 (297 sur 843).
Amra Balic, responsable de BlackRock Investment Stewardship, explique à L’Agefi que les propositions d’actionnaires deviennent de plus en plus visibles et un outil important d’engagement pour BlackRock. Aussi les sociétés qui ont eu des résolutions d’actionnaires soutenues par une majorité seraient-elles plus enclines à mettre en œuvre des changements significatifs. Amra Balic constate aussi que le vocabulaire des résolutions d’actionnaires est devenu «moins normatif et davantage aligné sur les vues des investisseurs concernant le climat».
BlackRock indique avoir soutenu 64% des résolutions d’actionnaires sur le plan environnemental, 35% de celles formulées sur l’aspect social et 32% de celles sur la gouvernance. Cependant, ces chiffres ne tiennent pas compte du marché japonais, où pour la firme, de nombreuses résolutions d’actionnaires sont déposées chaque année sans réel filtrage et sont légalement contraignantes pour les dirigeants des sociétés japonaises. En incluant ses votes au Japon, BlackRock a voté contre 61% des résolutions d’actionnaires sur le plan environnemental (38% pour, 1% abstention).
En outre, la société a soutenu toutes les résolutions dites «Say on climate» sur les ambitions climatiques des entreprises et s’attend à davantage de résolutions de ce type. BlackRock souligne d’ailleurs qu’il faudra plus de recherche externe pour évaluer les plans d’action climatiques soumis au vote des actionnaires par les entreprises cotées. «Concernant les scénarios climat et les indicateurs propres à chaque secteur (KPI), un effort consolidé et robuste est nécessaire pour fournir de meilleures données aux investisseurs. Les plans d’action pour le climat des sociétés doivent être examinés au cas par cas. Nous avons d’abord besoin qu’elles dévoilent un plan d’action clair, en ligne avec les recommandations du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (TCFD) et d’autres cadres réglementaires. Si elles ne le font pas, nous ne pouvons pas initier de dialogue éclairé. Avec le temps, nous serons en mesure de comparer les plans entre sociétés», juge Amra Balic.
Transition globale
Malgré ses efforts et ses rapports, la société de gestion demeure régulièrement tancée par les ONG sur son «inaction» climatique. Stéphane Lapiquonne, directeur de BlackRock France et responsable du développement durable pour la région EMEA, les renvoie vers la réponse de Larry Fink. La solution ne pourra être que globale, toutes les parties prenantes – pas uniquement les compagnies cotées – doivent participer à l’effort général pour assurer une transition énergétique juste et sans trop de casse sociale. Le reporting extra-financier doit ainsi être étendu aux sociétés privées, ajoute-t-il.
«Les sociétés cotées sont sous pression pour désinvestir ou cesser certaines activités mais si vous réduisez l’offre énergétique sans réduire la demande, les prix de l’énergie vont augmenter. Cela aura un impact dramatique sur l’activité et alimentera les tensions sociales dans les pays développés comme émergents. Il faut travailler tant sur l’offre que sur la demande énergétique. Certaines sociétés cotées peuvent être tentées de se désinvestir de certains actifs. Cela leur donnera sûrement un meilleur aspect du point de vue de la décarbonation. Mais ça ne rendra pas le monde moins carboné pour autant», conclut Stéphane Lapiquonne.
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