Les nouvelles restrictions menacent l’Europe d’une double récession
Le Royaume-Uni est entré dans la phase 3 du confinement avec un durcissement des restrictions pour faire face à la diffusion rapide d’une nouvelle souche du coronavirus, baptisée B117, l’obligeant à fermer les bars et restaurants, les commerces non-essentiels et les écoles. Plusieurs autres pays en Europe ont également adopté des mesures plus strictes en Irlande, en Autriche, dans le nord de l’Italie mais aussi en Allemagne. Ces décisions vont avoir un impact sur leur croissance économique mais aussi pour l’ensemble de la région.
«L’optimisme de la fin d’année sur les perspective de croissance en 2021 s’est estompé avec la découverte de souches du Covid-19 plus contagieuses au Royaume-Uni et en Afrique du Sud», s’inquiète Ben May, économiste chez Oxford Economics, pour qui, outre la Grande-Bretagne, les pays les plus vulnérables sont ses voisins où la liberté de circulation est la règle. Pour tenter d’évaluer l’impact sur la croissance au premier trimestre, il prend comme référence le Royaume-Uni où il attend une contraction du PIB de 4% au premier trimestre. «Nous avions pris en compte la possibilité de nouvelles restrictions au premier trimestre dans l’attente que les vaccins soient largement diffusés mais nous ne nous attendions pas à des mesures aussi fortes», relève Ana Boata, responsable de la recherche macroéconomique chez Euler Hermes, qui anticipe un premier trimestre en recul de 0,5-1% dans la zone euro.
«Tout le monde attendait un rebond au premier trimestre, après un quatrième trimestre qui a été moins pire qu’attendu grâce à la levée des restrictions en fin d’année. Mais il n’aura pas lieu», ajoute Véronique Riches-Flores, économiste indépendante chez RichesFlores Research qui note un effondrement des indicateurs de mobilité ces dernières semaines. «C’est le cas en Allemagne, en particulier, où ils sont inférieurs à avril», poursuit-elle. Les contaminations y sont plus élevées que lors du premier confinement en 2020. Dans cette stratégie de stop and go, à laquelle les entreprises et les ménages ont dû s’adapter, le stop est cette fois plus marqué.
Le digital en soutien des services
C’est d’autant plus pénalisant que cela arrive en début d’année. «Cela va peser sur la croissance moyenne annuelle car on va avoir un effet de base négatif qui se répercutera sur l’ensemble des trimestres de l’année, d’autant que le quatrième trimestre 2020 était vraisemblablement déjà en récession», indique Marc-Antoine Collard, chef économiste chez Rothschild & Co. Pour Ana Boata, la fermeture des écoles au Royaume-Uni pèse autant que la fermeture des magasins et restaurants sur la croissance. L’économiste d’Euler Hermes estime son impact à 2,7 points de PIB sur le trimestre (1,7 point si la France prenait la même mesure) et anticipe une baisse de 6% du PIB trimestriel britannique (en rythme trimestriel) et de 2,5% en Allemagne pour six semaines de confinement, environ 30% du coût du deuxième trimestre 2020. Le confinement n’est pas total comme au printemps dernier (les secteurs manufacturier et de la construction restent ouverts) et l’accélération digitale apporte de la résilience face à la fermeture de certains services.
Par ailleurs, la fin d’année a démontré que lorsque les restrictions ne concernent que certains pays ou régions, si ces derniers sont affectés, le reste du monde ignore ces revers. Les économistes d’Oxford Economics estiment qu’en cas de nouveau reconfinement global, en raison du développement non maîtrisé des nouveaux variants du coronavirus, la croissance mondiale ne serait plus que de 1% cette année au lieu des 5% attendus.
Tout va dépendre de la durée et de l’ampleur des restrictions. «S’il est possible de retrouver un peu plus de mobilité mi-février cela pourrait sauver le premier trimestre, et éviter une nouvelle récession», souligne Véronique Riches-Flores.
Bombe à retardement des défaillances
Malgré ce stop and go permanent, les investisseurs restent focalisés sur la reprise économique permise par la vaccination. «Pour le marché, ceci n’est que très circonstanciel et il ne semble pas y avoir de crainte liée à cette baisse de PIB, observe Marc-Antoine Collard. Les investisseurs sont conscients de ces à-coups sur la croissance. Et reconfiner ne signifie guère que décaler dans le temps le rebond d’un trimestre pour mieux rebondir par la suite.» Le marché s’attend à un rebond dès le printemps et au moins à partir du moment où les vaccins auront été suffisamment diffusés (notamment auprès des personnes vulnérables). Surtout ils restent rassurés par le soutien des gouvernements et des banques centrales.
Les économistes d’Oxford Economics avertissent néanmoins que plus la reprise sera retardée (nouveau variant, vaccins, stimulus budgétaire…), plus les dégâts dans les entreprises seront élevés. Des défaillances qui laisseraient des cicatrices sur l’économie à moyen-long terme. «Il s’agit d’un risque de bombe à retardement», selon Marc-Antoine Collard, risque qui pourrait néanmoins être maîtrisé dans un scénario de forte accélération de l’activité économique.
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