Pour le marché, la Fed n’en a pas fini avec la baisse des taux
Si la banque centrale a mis l’accent sur l’inflation, les experts jugent que son discours a surtout été motivé par sa volonté de préserver sa crédibilité
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Tân Le Quang
Malgré la baisse de 75 points de base (pb) de ses taux directeurs et d’escompte à 2,25 % et 2,50 %, la Fed n’a pas réussi à rassurer totalement les marchés qui s’attendaient un geste plus ample de 100 pb. Cette décision a d’emblée mis sous pression le marché monétaire outre-Atlantique. Hier, le taux Libor, en dollar, pour les échéances 1 et 3 mois, se traitait 35 pb au-dessus du nouveau niveau des Fed funds. Bien que la crise financière réserve encore son lot de mauvaises surprises, à l’instar des rumeurs de problèmes de liquidités de la banque britannique HBoS, le marché est revenu sur l'évocation du risque d’inflation dans le discours de la banque centrale. «Dans son communiqué, la Fed met en avant les perspectives de croissance orientées à la baisse mais note cette fois-ci que l’incertitude sur l’inflation a augmenté. Dans le contexte actuel d’amplification continue de la crise financière et au vu de la stabilisation de l’inflation en février aux Etats-Unis, la Fed n’a pas eu d’autres choix que de répondre aux attentes du marché en baissant ses taux, tout en soulignant le risque inflation afin d'éviter une baisse des marchés obligataires, explique Christophe Dehondt, gérant inflation chez CPR AM, pour autant, elle laisse la porte ouverte à de futures baisses de taux». Aux yeux de Natixis, « la Fed souhaite probablement éviter une perte de crédibilité anti-inflationniste conduisant à une dégradation des anticipations d’inflation ».
D’ailleurs, le point mort d’inflation à 10 ans aux Etats-Unis (différence de rendement entre obligations nominales et réelles indexées sur cette échéance), qui traduit les anticipations long terme du marché en matière d’inflation, se traitait hier 2,39 % contre un record de 2,60 % début mars. Un recul justifié par des inflations globale et sous-jacente ressorties stables en février à 4 % et 2,3 % en rythme annuel. Et la moindre pentification de la courbe des taux illustre bien le retrait des anticipations inflationnistes : l’écart de taux entre le 10 et le 2 ans qui atteint un record de 201 pb ne valait plus hier que 180 pb.
« Nous ne mettons que peu de crédit sur le risque inflationniste : si les matières premières et la dépréciation du dollar vont continuer de tirer à la hausse l’inflation totale, la faiblesse de la croissance va provoquer des tensions domestiques désinflationnistes », estime Natixis. D’ailleurs, la probabilité d’une réduction de 50 pb supplémentaires à l’issue du prochain comité de politique monétaire le 30 avril, telle qu’elle est interprétée sur le marché des futures, atteint 64 % contre 36 % pour un geste de 25 pb. A horizon un an, les Fed funds sont anticipés à 1,75 %. « Il semble en effet très probable que la Fed mette tout en œuvre pour éviter une chute de la richesse financière qui dégraderait encore le bilan des banques et impliquerait des effets richesse négatifs pour les ménages », ajoute la banque française. Car rappelons qu’en toile de fond à la débâcle des banques américaines, la crise immobilière, elle, suit son cours, comme en témoignent la chute en février de 40,5 % sur un an des mises en chantier des maisons individuelles aux Etats-Unis.
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