Popolare Milano fait passer un frisson sur le marché de la dette perpétuelle
Le petit monde de la dette bancaire perpétuelle ne s’attendait pas à l’annonce de Banca Popolare di Milano du 29 mai dernier. L'établissement italien a volontairement décidé de suspendre le paiement de coupon sur deux lignes de dettes perpétuelles tier 1, une mesure inédite. Jusqu’alors, seuls le régulateur national ou la Commission européenne avaient forcé certaines banques à prendre une telle mesure dans le cadre d’une aide ou d’un plan de sauvetage.
Le choix de Popolare Milano est toutefois conforme au droit sur la dette hybride car la banque a enregistré une perte nette sur l’exercice 2011 et n’a pas versé de dividende sur les douze derniers mois. «Cette annonce a surpris le marché, observe François Lavier, analyste gérant chez Lazard Frères Gestion. L’essentiel des pertes publiées en 2011 par la banque était lié au nettoyage des comptes demandé par la Banque d’Italie, il sort du cadre opérationnel de la banque.»
Les deux lignes concernées, d’un encours total de 266 millions d’euros, détenues principalement par des investisseurs locaux, ont dans la foulée chuté d’environ 30%. Les autres dettes perpétuelles de banques italiennes n’ont cependant pas suivi. «Le cas de Popolare Milano devrait rester isolé, la banque a eu des problèmes spécifiques de gouvernance. Mais nous restons vigilants car l’environnement est mouvant», estime François Lavier.
«Nous ne nous attendons pas à ce qu’une grande banque européenne suive l’exemple de Popolare Milano mais sa décision crée un précédent qui pourrait être reproduit par des banques petites et moyennes qui ont des difficultés», ajoute le bureau d'études CreditSights. En 2009, le marché de la dette hybride avait déjà été secoué par les premières annonces de non-remboursement anticipé des titres lower tier 2. Il a à présent intégré ce risque et les annonces de ce type ne paniquent plus les investisseurs.
Le marché de la dette perpétuelle pourrait réagir à une autre actualité dans les jours qui viennent. Demain, la Commission européenne présentera son projet de régime de résolution bancaire qui prévoira le maintien d’un stock de titres convertibles en actions ou pouvant être dépréciés. Si les titres hybrides existants sont acceptés, ils obtiendraient un sursis par rapport à leur disparition attendue en raison de leur traitement prévu dans le cadre de CRD 4, la directive sur le capital réglementaire.
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