Plaidoyer pour l’activisme actionnarial
La France a déjà fait beaucoup pour mettre ses entreprises à l’abri du capital indésirable. Depuis 2005, les mesures de protection de secteurs particuliers se sont succédé jusqu’à constituer un arsenal très solide qui couvre un champ « stratégique » en expansion constante. Dans la loi Pacte, les entraves ont été étendues à de nouveaux secteurs, où les investissements seront soumis à l’aval de Bercy. Paris a aussi agi au niveau de l’Europe, non sans succès. La réciprocité de l’investissement y est devenue un critère clé de prise de contrôle, ce dont la Chine, principal pays visé, a déjà pris note. Fort de la popularité de cette cause, Bercy se dit désormais prêt à prendre des dispositions anti-activistes, selon le ministre Bruno Le Maire. Au risque, cette fois, de se tromper de cible.
Si les maraudeurs et prédateurs opportunistes doivent être dissuadés, ce ne doit pas se faire au détriment des autres actionnaires, activistes inclus. Parmi les initiatives envisagées, Bpifrance prévoit de lever un fonds de 10 milliards d’euros pour investir dans les grandes entreprises françaises et assurer leur ancrage en France. Le projet mérite des précisions, sur les règles de gestion applicables au fonds et l’identité des souscripteurs, français et étrangers, publics et privés ; mais son principe reprend une vieille tradition, celle de pilier du capitalisme français, qui fut longtemps celle de la Caisse des dépôts, dont Bpifrance est filiale. Il n’y a là rien de nouveau et, de ce point de vue, l’initiative est bienvenue. De surcroît, sans être exceptionnel, le montant évoqué n’est pas négligeable. Le nombre de joyaux du CAC 40 déjà contrôlés est tel que l’enveloppe pourrait s’avérer suffisante pour décourager des agresseurs de passage en quête d’une plus-value rapide.
Plus préoccupant pour la liberté d’investir sont les réflexions en cours, à Bercy et au sein d’instances de Place, sur les moyens de contrer l’actionnariat dit « activiste », sans autre précision. Ce type d’investisseurs reste volontiers stigmatisé pour son « court-termisme » supposé. Or, l’activiste est celui qui croit déceler une faiblesse dans le marché et tente d’en tirer profit. Sauf recours à des moyens déloyaux, que le droit prohibe d’ailleurs déjà et qui n’est pas son apanage particulier, ce style d’investissement est sain dans son principe. Loin d’être toujours gagnant, il permet de lutter contre les abus de l’entre-soi managérial et actionnarial, qui ne vaut pas mieux que l’entre-soi administratif qui irrite tant les « gilets jaunes ». Il est aussi utile dès lors que les puissances financières françaises, banques ou gérants d’actifs, sont mal placées pour contester la gouvernance des « champions nationaux », sous peine d’être accusées de les fragiliser. Combien de scandales, touchant les plus grands groupes européens et français, auraient-ils pu être évités si des activistes puissants avaient mis leurs nez à temps dans leurs affaires ? On espère que ceux qui pensent encadrer ou limiter leur rôle sauront mettre cette question au cœur de leur réflexion.
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