Pierre Moscovici aborde Bruxelles en position de fragilité

Desservi par les jeux politiques du Parlement européen lors de son audition hier, le candidat aux Affaires économiques voit déjà ses pouvoirs rognés.
Alexandre Garabedian

Comme le Britannique Jonathan Hill, pressenti pour le poste de commissaire européen aux Services financiers, Pierre Moscovici devra patienter. L’ex-locataire de Bercy, candidat au portefeuille des Affaires économiques dans la future Commission Juncker, a dû batailler ferme hier lors de son audition par les eurodéputés, pour les convaincre de son impartialité et de sa crédibilité budgétaire. Une prestation jugée insuffisante par six groupes parlementaires (hormis les socialistes) et qui devrait lui valoir une nouvelle audition la semaine prochaine.

Le feu vert définitif donné à la Commission – en bloc – dépendra du pacte tacite trouvé entre les deux principales forces du Parlement, le PPE, à droite, et le PSE, à gauche, pour préserver les candidats issus de leurs rangs. Le conservateur Miguel Arias Canete, candidat à l’Energie et au Climat, et la Tchèque Vera Jourova, à la Justice, passeront aussi un oral de rattrapage. Si Miguel Canete faisait l’objet d’un tir de barrage, celle de Pierre Moscovici pourrait faire les frais de représailles de la part du PPE.

Ex-grand argentier d’un pays qui vient encore de jeter aux orties ses objectifs de réduction du déficit, Pierre Moscovici s’est posé hier en gardien des traités. Alors que Bruxelles devrait rendre en novembre son verdict sur les budgets 2015 des Etats membres, «il n’y aura pas de choix : si un pays ne respecte pas le pacte, je ferai mon travail et mon devoir de commissaire européen», a-t-il affirmé. L’ancien ministre de l’Economie a toutefois plaidé pour un aménagement du «Two-Pack» et du «Six-Pack», le processus qui régit les allers-retours budgétaires entre Commission et Etats. «Je veux revoir ces règles. Il faut revoir la dimension sociale et assurer une convergence qui ne soit pas que monétaire», a-t-il indiqué.

Enfin, sur la fiscalité, qui relève de son périmètre, Pierre Moscovici est décidé à faire aboutir la taxe sur les transactions financières avant fin 2014. «Il faut que certains dérivés soient taxés», a-t-il indiqué, une position à l’opposé de celle défendue par la France et ses banques.Mais, au-delà des polémiques, les marges de manœuvre de Pierre Moscovici semblent déjà limitées. Selon un document de la Commission révélé par le Financial Times, les décisions concernant le budget d’un Etat membre devraient être préparées «conjointement» avec l’un des vice-présidents nommés par Jean-Claude Juncker, le Letton Valdis Dombrovskis. Une idée de «tutelle» dont Pierre Moscovici s’est défendu hier.

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