Pictet traverse sans réelles secousses les turbulences de la crise
Rares sont les acteurs financiers, à l’image de Pictet, à être passés sans trop de dégâts au travers de la crise. Le gestionnaire de fortune suisse a en effet réussi à tirer son épingle du jeu dans ce contexte mouvementé. « La crise nous a renforcés. Notre modèle d’affaires est de préserver et valoriser le capital de nos clients. Notre processus d’investissement est basé sur la détermination d’un couple rendement / risque qui correspond à chacun de nos clients. Nous disposons d’une équipe d’une cinquantaine de personnes en Suisse qui sélectionnent les fonds traditionnels, alternatifs et externes à Pictet. Si nous n’avons pas le meilleur produit, nous utilisons celui d’un de nos concurrents », explique à L’Agefi Dominique Benoit, directeur genéral France.
Selon le dirigeant, cette distinction tient au modèle de la société. « Pictet est une société en commandite simple, ce qui signifie que ses sept associés sont indéfiniment responsables sur leur fortune, relève Dominique Benoit. Nous sommes la première banque de gestion de fortune indépendante en Europe. »
Avec 211 milliards d’euros d’actifs sous gestion à fin 2008, Pictet a vu progresser ses encours à 214 milliards à fin mars 2009, réparti à hauteur de 53 % dans la gestion de fortune privée et 47 % dans la distribution de fonds pour les investisseurs institutionnels. A fin 2007, les actifs sous gestion du groupe s’élevaient certes à 236 milliards d’euros, contre 206 milliards un an plus tôt. « Nous n’avons observé aucune décollecte. La baisse des encours entre 2008 et 2007 a été uniquement liée à l’effet marché. Nous n’avons par ailleurs été ni exposé au subprime, ni au scandale Madoff », souligne le dirigeant. Pictet a ainsi enregistré une collecte nette de 29,5 milliards d’euros en 2006, de 26,2 milliards en 2007 et 11,2 milliards en 2008.
Basée à Genève, Pictet, qui dispose de 19 bureaux répartis sur trois continents, a ouvert un bureau à Paris il y a cinq ans et y gère 2,1 milliards d’euros (chiffres à fin avril 2009), correspondant à hauteur de 65 % à une clientèle d’entrepreneurs et 35 % à des fortunes privées. L’équipe parisienne comprend 26 collaborateurs. « Les fonctions de back et middle office sont gérées depuis le Luxembourg. Nous ne réalisons en France que les fonctions de front office », explique Dominique Benoit.
En France, la priorité est mise sur le développement. « A l’heure actuelle challenger, nous ambitionnons de devenir une banque de référence en France, intégralement axée sur la gestion de fortune, indique le dirigeant parisien. Nous comptons pour ce faire sur l’extension de notre gamme de produits. Nous avons notamment lancé en 2007 une offre dédiée aux traders, qui disposent d’importants revenus mais n’ont pas le temps de s’occuper de leur patrimoine. En 2008, nous avons développé des partenariats avec six notables dans une dizaine de grandes villes en vue de renforcer le maillage sur l’ensemble du territoire français. Notre atout est d’être une filiale adossée à un monstre de compétences. Nous disposons d’importants moyens via le groupe. » En termes de clientèle, « nous sommes positionnés sur le très haut de gamme, le ticket d’entrée étant de 1 million d’euros et la majorité de notre clientèle apportant entre 3 et 20 millions d’euros », précise Dominique Benoit.
Ce dernier cherche par ailleurs à renforcer ses équipes. Aux côtés des sept collaborateurs s’occupant de la distribution des fonds et des dix salariés focalisés sur la gestion privée, le pôle dédié aux partenariats va passer de trois à quatre personnes. Par ailleurs, « un banquier privé senior est également en cours de recrutement », relève le dirigeant parisien. « Pictet a toujours misé sur le recrutement de talents, et non sur la croissance externe. Notre modèle n’a jamais bougé depuis la création de la société en 1805. Cette constance nous a permis de traverser les différentes crises », poursuit-il.
Interrogé sur les craintes liées à la levée du secret bancaire en Suisse, le dirigeant ne se dit nullement inquiet. « Sur le on shore, en France, nous ne sommes pas concernés. Sur l’offshore, en Suisse, la direction gère cette perspective sereinement. Cela va dans le sens de l’histoire », estime-t-il. En Suisse, un des porte-paroles du groupe met en lumière « l’importante diversification des activités du groupe, avec près de la moitié des avoirs institutionnels et sa forte présence à l’étranger (40 % des collaborateurs) ».
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