Pétrole: la guerre des prix, jusqu’où ?
La situation actuelle sur le marché du pétrole ressemble fort à une guerre des prix, situation dans laquelle un producteur à bas coûts et à capacité importante provoque ou maintient la surproduction pour faire sortir du marché les acteurs marginaux. C’est ainsi que depuis la dernière réunion de l’Opep en novembre dernier, l’Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe Persique ont martelé qu’elles ne réduiront pas leur production pour soutenir les prix et que l’ajustement devra se faire par le marché.
En abandonnant temporairement son rôle de régulateur, l’Arabie Saoudite est prête à sacrifier des profits à court terme pour conserver le contrôle du marché à long terme. Ce revirement rappelle l’ouverture des vannes de 1985 (+3 millions de barils par jour) par une Arabie Saoudite frustrée par le manque de discipline à l’Opep et par le développement du brut de la Mer du Nord et de l’Alaska. Du pic de 1985 au plus bas de 1986, les cours furent divisés par trois environ.
Les productions non conventionnelles semblent clairement visées. Au-delà des arrières pensées politiques (coup porté à la Russie et à l’Iran), cette stratégie constitue un vrai test pour les grands projets «frontières» (sables bitumineux, arctique, deep offshore), dont les coûts d’extraction sont particulièrement élevés, mais également pour les champs de pétrole de schiste américains.
La question des seuils de rentabilité du secteur non conventionnel est clairement posée. A date, les producteurs outre-Atlantique clament que la situation est tenable et qu’ils sont encore rentables sur les niveaux de prix actuels. Ils communiquent sur la baisse de leurs coûts de production et sur leur productivité. Cela reste pourtant à prouver sur la durée, et ce d’autant que l’enclavement de certains champs (Bakken dans le Dakota du Nord notamment) induit des coûts logistiques significatifs relativement aux prix mondiaux du brut. De plus, certains acteurs sont endettés. Leur viabilité pourrait être en jeu si les conditions de marché actuelles perduraient.
Au total, soit l’Arabie Saoudite remporte une victoire au terme d’une campagne de «terre brûlée» et décourage les investissements dans le secteur pour longtemps. Le monde du pétrole reviendrait alors au statu quo ante bellum avec des prix encadrés par l’Opep. En cas d’échec, la formation du prix pourrait suivre une logique de marché plus «pure» avec une offre – notamment américaine – plus réactive vis-à-vis des évolutions des prix.
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