Petrobras fait plonger l’ensemble du marché du crédit brésilien
La dimension politique prise par le scandale de corruption éclaboussant Petrobras (qui a nommé hier Luciano Coutinho président) sur fond de récession économique au Brésil menace l’ensemble du marché du crédit local. Si sa note a été maintenue par S&P à «BBB-» avec une perspective stable, la dette de la société pétrolière publique traite déjà en catégorie «junk» (HY), son statut chez Moody’s, et sa probabilité de défaut à 5 ans a grimpé à 33,8%. A 19%, celle de l’Etat brésilien a même désormais dépassé celles de la Turquie et de l’Afrique du Sud.
Le spread de l’obligation Petrobras à 10 ans s’est ainsi écarté de 300 pb depuis 6 mois à 522 pb, un niveau désormais en ligne avec celui des sociétés d’Amérique latine notées «BB», selon Citigroup.
«La migration des titres Petrobras des portefeuilles IG vers le HY n’est pas encore achevée, ce qui devrait peser encore davantage sur le prix des titres», ajoute même Citigroup. Le maintien de Petrobras en catégorie investissement (IG) n’est d’ailleurs dû qu’au soutien implicite de l’Etat brésilien, sa note de crédit sous-jacente «stand-alone» ayant été dégradée d’un cran à «B+». «Les enquêtes de corruption en cours ne restreignent pas seulement le financement du programme d’investissements de Petrobras, mais affaiblissent également la qualité de crédit de ses principaux fournisseurs et ralentissent la construction de ses plates-formes pétrolières destinées à accroître sa production», ajoute l’agence.
Un effet accentué par la chute du real de 40% contre dollar depuis septembre qui aurait fait gonfler sa dette, libellée à 75% en billet vert, de 22 milliards de dollars sur un montant brut total de 130 milliards, selon Bloomberg. Plus généralement, cet effet devise a intensifié les sorties de capitaux qui ont atteint 117 millions de dollars sur les fonds obligataires brésiliens et 223 millions sur les actions sur la semaine achevée le 18 mars, selon les données d’EPFR Global.
Dans ce contexte, le rendement total affiché par les obligations corporates brésiliennes a été de -1% depuis début mars, la plus mauvaise performance de l’univers émergent devant l’Afrique du Sud, le Venezuela et la Colombie, selon BofA Merrill Lynch. Elles représentent désormais 21% de l’univers HY émergent, contre 14% en janvier. «Nous adhérons complètement à l’argument que Petrobras est «too big to fail». Les sociétés brésiliennes bénéficiant du maintien de la note de l’Etat brésilien sont celles dont la note ‘stand alone’ est supérieure ou égale à BBB-», précise néanmoins Citigroup.
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