Pékin poursuit son offensive diplomatique en matière de finance

Le ralliement de Londres au projet de banque d’infrastructures asiatique impulsé par la Chine nourrit les tensions avec les Etats-Unis.
Alexandre Garabedian

Les institutions financières internationales sont l’un des terrains où se joue la lutte d’influence des grandes puissances. Pékin l’a bien compris, qui a annoncé la création en octobre de l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) avec vingt autres pays. La Chine a réussi la semaine dernière une belle prise: faire adhérer le Royaume-Uni en tant que membre fondateur. George Osborne, le ministre des finances britannique, en a fait l’annonce le 12 mars. Il y voit «une occasion inégalée pour le Royaume-Uni et l’Asie d’investir et de croître ensemble».

L’adhésion pourrait se concrétiser d’ici à la fin du mois, une réunion étant prévue avec les autres membres fondateurs au sujet de la gouvernance de l’institution. Celle-ci doit être dotée de 50 milliards de dollars, dont la moitié par la Chine. Cette banque multilatérale, qui doit démarrer ses activités cette année, sera uniquement dédiée aux infrastructures, alors que les banques de développement comme l’Asian Development Bank et la Banque mondiale ont un champ d’intervention plus large. Un argument que Pékin met en avant pour convaincre de la pureté de ses intentions. Pas moins de 27 pays se sont déclarés pour en devenir fondateurs.

Les Etats-Unis, qui dominent les institutions issues de Bretton Woods telles que le FMI et la Banque mondiale, ne voient pas d’un bon œil ces projets. Un responsable de la Maison Blanche a critiqué, dans les colonnes du Financial Times, l’attitude trop accommodante de son traditionnel allié britannique à l’égard de Pékin, «ce qui n’est pas la meilleure manière de se lier avec une puissance montante». En octobre dernier, le secrétaire d’Etat John Kerry aurait demandé personnellement au Premier ministre australien Tony Abbott de ne pas assister à la cérémonie de lancement de l’AIIB.

Officiellement, la crainte est qu’un prêteur multilatéral dominé par la Chine ne respecte pas les standards sociaux ou environnementaux. Washington a surtout peur que Pékin ait un droit de veto sur les décisions de la banque et en fasse l’instrument de sa politique étrangère.

Un domaine où la Chine ne se contente pas de l’AIIB: elle a aussi poussé à la création d’une banque des «Brics» l’an dernier, et compte lancer fin 2015 son propre système de règlement des échanges internationaux (CIPS), qui concurrencerait Swift.

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