Pas de rebond prévu pour la gestion d’actifs en 2023

L’agence de notation crédit Moody’s estime que les taux de croissance des encours des gérants seront encore mis à l’épreuve au premier semestre de l’année prochaine.
Adrien Paredes-Vanheule
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Les conditions de marchés difficiles vont probablement persister dans les 12 à 18 prochains mois.  -  AdobeStock

L’année 2023 ne sera probablement pas celle du rebond pour les sociétés de gestion à en croire les prévisions de l’agence de notation crédit Moody’s. Un rebond qu’elles espèrent pourtant ardemment après avoir observé une baisse de de leurs encours sous gestion cumulés de plus de 15% - selon Moody’s - sous le poids d’une conjoncture géopolitique et macroéconomique défavorable (guerre en Ukraine, remontée de taux, inflation). Ces conditions de marchés difficiles vont probablement persister dans les 12 à 18 prochains mois, ce qui a incité l’agence à revoir ses perspectives de stables à négatives pour le secteur de la gestion d’actifs dans une note publiée le 8 décembre.

« Les conditions de crédit au cours des 12 à 18 prochains mois ne sont pas propices à la hausse des actions et des valorisations. Selon notre scénario de base, les incertitudes prévaudront et limiteront la croissance des actifs sous gestion du secteur. La hausse des taux d’intérêt est un point positif car elle rendra les obligations plus attrayantes. Les investisseurs peuvent maintenant obtenir des rendements obligataires plus élevés que jamais depuis le début de la crise financière mondiale en 2007 », analyse Moody’s, jugeant « peu probable » un fort rebond des actifs sous gestion.

Pour l’agence, les taux de croissance organiques des encours des gérants seront encore mis à l’épreuve durant la première moitié de 2023 mais pourraient cependant s’améliorer durant la deuxième moitié. A condition que l’incertitude économique s’estompe, le marché se stabilise et que les investisseurs soient plus positifs. Moody’s soutient que les grands gérants traditionnels diversifiés et les boutiques de gestion offrant des produits et services qui se démarquent seront les mieux placés pour gagner des parts de marché en 2023. Les gérants alternatifs vont aussi continuer de croître mais à un rythme plus modéré. A l’inverse, les gérants traditionnels qui ont une grosse exposition de leurs encours aux actions, pourraient perdre des parts de marché. « Nous nous attendons à ce que les ETF, les fonds d’actifs privés et les fonds d’investissement durables continueront d’être parmi les plus gros collecteurs en 2023 », note Moody’s.

La Chine, pari à double tranchant

L’agence estime aussi que la gestion de fortune et la clientèle asiatique resteront deux vecteurs de croissance sur le long terme bien que leurs perspectives demeurent fragiles sur les 12 à 18 prochains mois. « Le marché chinois présente toujours des opportunités de croissance intéressantes pour le secteur, mais les gestionnaires d’actifs étrangers devront jouer le jeu à long terme et surmonter de nombreux obstacles pour tirer parti de cette opportunité. Certains acteurs pourraient envisager de prendre du recul à mesure que l’environnement opérationnel dans la région devient plus difficile », écrit Moody’s.

Le fait que les encours sous gestion des gérants seront à nouveau sous pression en 2023 pèsera sur les frais de performance, qui resteront faibles en raison du déclin des marchés et de la sous-performance des fonds vis-à-vis de leurs indices en 2022. Moody’s entrevoit une réallocation continue des investisseurs dans des fonds indiciels à bas coût et des ETF qui exacerbera la pression sur le chiffre d’affaires des gérants. « Nous nous attendons à ce que la baisse des revenus se poursuive en 2023, ce qui, associé à des coûts d’exploitation élevés tels que des salaires plus élevés et des dépenses technologiques, entraînera une nouvelle baisse des bénéfices des gestionnaires d’actifs », poursuit l’agence.

Enfin, la régulation, l’innovation technologique et la consolidation du secteur joueront toujours leur rôle de moteurs de tendances. Les taux d’intérêt hauts ne devraient pas permettre de soutenir de larges fusions-acquisitions financées par la dette selon Moody’s qui table davantage sur des petites transactions. En particulier, sur les alternatives, l’ESG ou encore les fintechs.

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