«Nous avons besoin d’une norme européenne pour la titrisation»
- L’Agefi: La nouvelle Commission européenne veut créer une «union des marchés de capitaux» pour faciliter le financement de l’économie. Comment accueillez-vous cette initiative ?
- Christian Dargnat : Aller vers un marché plus paneuropéen est une bonne chose. Mais pour passer d’une finance intermédiée à une finance désintermédiée, il faudra mettre davantage en exergue les outils de titrisation. Or le diable est dans les détails. Pour l’instant, le coût d’immobilisation d’un actif titrisé est plus élevé que celui d’une obligation. Solvabilité 2 et Bâle 3 vont pénaliser d’un point de vue capitalistique les investisseurs qui voudront investir dans ces produits. Des réformes sont nécessaires pour encourager les investisseurs à acheter ces produits. Nous appelons donc de nos vœux une évolution des règles prudentielles et comptables, qui permette par exemple aux assureurs d’avoir plus de 5% de produits titrisés dans leur bilan.
- L’Europe est-elle prête ?
- La demande existe car la titrisation offre une diversification des risques très attrayante pour les investisseurs institutionnels et les particuliers. Dans mon entreprise, nous avons collecté en l’espace d’une année 2 milliards d’euros disponibles destinés à être investis dans des produits titrisés. Le problème est qu’il n’y a pas assez de sous-jacent. Il faut créer un gisement, une offre de papier. En Europe, cette activité est encore balbutiante. Il y a tout un écosystème à créer. Les Etats-Unis ont mis plusieurs décennies à bâtir l’infrastructure de la titrisation. On nous demande de le faire en 5 ans. Pour l’instant, chez les acheteurs et investisseurs, comme dans les banques, les équipes spécialisées sont très rares. Or il faut des spécialistes, des deux côtés.
- Qu’attendez-vous des régulateurs, en dehors de règles prudentielles plus adaptées ?
- Nous avons besoin de règles du jeu, d’une norme européenne pour dire qu’à partir du moment où un papier est originé et vendu dans le marché, il répond à certains critères. De même qu’il y a des OPCVM pour les produits de gestion d’actifs, pourquoi ne pas imaginer avoir un organisme public, tel que la Banque européenne d’investissement, qui mette son tampon sur les produits titrisés? Si on bascule dans la désintermédiation, encore faut-il avoir l’infrastructure qui l’accompagne.
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