Moody’s ajoute sa voix aux partisans du doute sur le déficit de la France

L’agence de notation met l’accent sur les risques significatifs qui entourent la stratégie budgétaire et le plan de compétitivité du gouvernement
Yves-Marc Le Réour

Après le scepticisme exprimé voici quelques semaines par la Cour des comptes et par le Fonds monétaire international (FMI), Moody’s juge à son tour dans une étude publiée hier soir que la France, «n’apparaît pas en mesure d’atteindre ses objectifs budgétaires en 2014 et 2015».Si les nouvelles orientations retenues par le gouvernement français semblent globalement favorables à la compétitivité générale du pays, le risque lié à la mise en œuvre de ce programme est jugé significatif du fait de son ampleur sans précédent, des contours encore imprécis d’un grand nombre de mesures, des tensions politiques ambiantes et de la fragilité de la croissance économique, souligne l’agence de notation.

Le gouvernement espère ramener le déficit public à 3,8% de PIB fin 2014, après 4,3% fin 2013, avant d’atteindre la limite européenne de 3% fin 2015. Il prévoit notamment 18 milliards d’euros d'économies sur les dépenses publiques en 2014 et 50 milliards entre 2015 et 2017. Mais Moody’s relève que «60% des économies prévues à l’horizon 2015-17 restent encore à préciser» et que la réduction des transferts sociaux est politiquement impopulaire.

L’agence a d’autre part révisé à la baisse ses propres prévisions de croissance pour l'économie française, à 0,6 % en 2014 et 1,3 % en 2015 (contre respectivement 1% et 1,5% auparavant), un niveau nettement inférieur à la prévision gouvernementale qui reste jusqu’ici fixée à 1% pour cette année et 1,7% pour 2015. Elle constate en outre que la France «continue à se montrer moins performante que les autres pays notés Aa1 sur le plan budgétaire», d’où la perspective négative de la note, et sensiblement moins performante que les pays Aaa.

Dans une déclaration publiée hier par Le Monde, le président de la République, François Hollande, a d’ailleurs relevé qu’en dépit des réformes annoncées, le résultat des efforts entrepris pour réduire les déficits «dépend aussi de la croissance». Il incite par ailleurs Berlin à soutenir plus fortement l’activité en Europe, en jugeant que les excédents et la situation financière de l’Allemagne lui permettaient d’investir davantage. Le Premier ministre Manuel Valls a pour sa part récemment indiqué qu’il dirait «la vérité aux Français» à la mi-août, tout en avertissant l’Union européenne qu’une consolidation budgétaire trop rapide risquait «d'éteindre la croissance».

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