Menace accrue d’une récession aux Etats-Unis

La forte hausse du taux de chômage alimente les anticipations d’une baisse des taux de la Fed. Les marchés actions dévissaient vendredi
Alexandre Garabedian

Pour l’économie américaine, 2008 s’ouvre sur une note aussi pessimiste que celle sur laquelle s’était achevée 2007. Les mauvais chiffres de l’emploi publiés vendredi, avec seulement 18.000 créations d’emplois en décembre là où le consensus des économistes en attendait 70.000, ont encore accru la menace d’une récession – deux trimestres consécutifs d’une baisse du PIB – aux Etats-Unis.

Plus que cette statistique volatile et sujette à d’amples révisions mensuelles, c’est la brutalité de la hausse du taux de chômage qui avive les craintes. Celui-ci est passé de 4,7 % à 5 % en un mois, et s’affiche en hausse de 0,6 % par rapport à son point bas de mai 2007. « Depuis 1949, le taux de chômage n’a jamais augmenté avec une telle amplitude sans que l’économie se retrouve en récession », rappelle la recherche économique de Bear Stearns.

Un faisceau d’indices est d’ailleurs venu assombrir le tableau ces derniers jours. Le 2 janvier, l’indice ISM des directeurs d’achat du secteur manufacturier s’est fortement replié sous la barre des 50 points, qui indique une entrée en récession. Les minutes du dernier comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) du 11 décembre, publiées elles-aussi la semaine dernière, livraient également une vision peu optimiste de la conjoncture. Seul un indice ISM des services meilleur que prévu pour décembre à 53,9, mais en repli tout de même par rapport au mois précédent, est venu apporter un peu de baume au cœur des observateurs.

« La probabilité que l’économie américaine soit au bord de la récession ou qu’elle puisse déjà y entrer s’est accrue de manière significative, estime Brian Fabbri, économiste chez BNP Paribas Americas. Cela augmente aussi la probabilité que la Fed réponde de façon plus agressive à la détérioration accélérée des conditions économiques en abaissant ses taux de 50 points de base lors de sa prochaine réunion ». L’approche des élections pourrait aussi peser dans la balance.

Alors même que le Panel Agefi table sur une telle détente monétaire d’ici à fin juin 2008 (lire page 4), les marchés sont disposés à voir la cadence s’accélérer. La publication des chiffres de l’emploi a provoqué vendredi une détente immédiate de 15 pb des taux à 2 ans, à 2,70 %, alors que les Fed funds sont à 4,25 %, et de 12 pb des taux à 10 ans, à 3,82 %. Le dollar, lui, décrochait de 1 centime face à l’euro.

Les marchés d’actions américains ont, quant à eux, dévissé vendredi, le Dow Jones perdant à ce stade 3,5% par rapport à la fin décembre. Vendredi, il a reculé de 1,96%, à 12.800,18. Le S&P 500 a abandonné 2,46%, à 1.411,63. Le Nasdaq a chuté de 3,77%, à 2.504,65 et perd à ce stade plus de 10% par rapport à son plus haut de 52 semaines en clôture, touché le 31 octobre.

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