Maxime Carmignac: «La lutte contre le changement climatique mérite mieux que les postures»
Steven Maijoor, président de l’Esma, l’Autorité européenne des marchés financiers a déclaré : « à mesure qu’augmente le nombre de produits prétendument liés aux performances ESG, nous devons veiller à ce que les investisseurs ne se retrouvent pas à acheter des produits commercialisés comme durables alors qu’en réalité ils ne le sont pas ». Cette déclaration dit bien la confusion qui règne actuellement auprès des investisseurs. En effet, se posent les questions de savoir ce qu’est un produit durable ou ce que sont les critères d’appréciation de la durabilité ? Tous les gérants d’actifs sont devenus ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) et tous communiquent abondamment sur le E d’environnement. Le verdissement est généralisé et on assiste à une véritable course à l’échalote, c’est à celui qui en dira le plus. Dans cette jungle, il est trop souvent impossible de comprendre les objectifs concrets des fonds ESG; la transparence n’est pas de mise.
Il apparaît nécessaire de réaffirmer l’évidence : le mandat premier d’un gérant d’actifs est de faire fructifier l’épargne de ses clients. Et pour ce faire, il est démontré que la prise en compte des impacts environnementaux dans l’analyse des entreprises dans lesquelles nous investissons est un facteur de création de valeur à long terme. Plus personne aujourd’hui ne se risquerait à le contester. Les dernières études mettant en évidence la réalité du réchauffement climatique et la prise de conscience de la société civile devraient convaincre les derniers sceptiques. C’est en soi une excellente nouvelle.
Et d’ailleurs, à titre personnel, comment ne pas se réjouir que la gestion d’actifs devienne un acteur clé du changement des pratiques des entreprises vers une économie plus respectueuse de l’environnement ? La décennie qui s’ouvre doit être, sur ces questions, celle de l’action concrète.
Aujourd’hui l’essentiel des « investissements verts » se concentrent sur moins de 40% des émissions de gaz à effet de serre, essentiellement sur les énergies renouvelables, les véhicules électriques et le stockage énergétique. En l’état, l’atteinte de l’objectif fixé à l’occasion de l’accord de Paris et visant à limiter le réchauffement climatique à 2° Celsius d’ici à la fin du siècle, ne paraît pas réaliste. Pour y remédier, il faudrait investir en faveur de la transition d’autres secteurs et revoir en profondeur notre conception du rôle des matières premières dans la lutte contre le changement climatique.
Les enjeux sont trop grands pour que s’appliquent aveuglément les postures, les positions doctrinales, trop souvent contre-productives. Sur ces sujets, une seule règle doit prévaloir, l’impact et celui-ci se doit d’être quantifiable et objectif. Cela nécessite des convictions, du travail d’analyse propriétaire et une vision active des impacts environnementaux.
Il ne peut y avoir de transition énergétique sans métaux et matières premières. Le cuivre, l’acier et le nickel, pour ne citer que quelques exemples, sont des matériaux indispensables à la production des véhicules électriques et des éoliennes et donc à la réduction de la consommation des énergies fossiles. Une politique d’investissement qui exclut l’extraction minière, sous prétexte que cette activité est polluante, constitue un frein réel à la transition énergétique. En tant que gérant d’actifs, nous devons au contraire sélectionner, au sein de ces secteurs, les entreprises qui présentent les meilleures perspectives de croissance en fournissant les produits et les services qui permettent à d’autres activités de réduire leurs émissions.
Ensuite, les entreprises qui peuvent avoir le plus d’impact sur la réduction des émissions de carbone, sont celles qui en produisent le plus. S’interdire d’investir dans les pans les plus carbonés du tissu économique constitue une erreur d’appréciation. La gestion d’actifs doit accompagner les entreprises qui, dans leurs activités, s’engagent concrètement à recourir aux énergies renouvelables et à préserver l'écosystème dans lequel elles opèrent en réduisant les externalités négatives. Il nous appartient ensuite d’évaluer de manière minutieuse les progrès réalisés.
Enfin, nos investissements doivent se concentrer sur les entreprises capables de commercialiser des produits et des services moins carbonés que leurs concurrents car nous considérons que c’est un facteur de croissance à long-terme.
Seules les approches pragmatiques et courageuses, capables de refuser, lorsque cela est nécessaire, les vérités immédiates et le consensus, peuvent avoir un impact et répondre aux enjeux colossaux que fait peser le changement climatique sur nos sociétés. Quant à nous, nous sommes prêts à assumer notre part de responsabilité et à jouer un rôle actif en investissant, dans le respect de notre mandat et en faveur de la transition énergétique.
Plus d'articles du même thème
-
Le fonds de pension de l'Etat de New York défend les résolutions d'actionnaires face à la SEC
Le contrôleur financier de l'Etat demande aux sociétés cotées américaines de continuer volontairement à inscrire les résolutions d'actionnaires dans leurs documents de vote. -
Les émissions de dette durable en route vers 1.600 milliards de dollars
Au premier semestre, près de 60 % des volumes obligataires attendus pour 2026 ont déjà été émis, selon ING. En progression par rapport à une année 2025 plus morose, preuve de la résilience du marché. -
La finance sous le regard de ses émissions carbone
La finance veut accélérer la transition énergétique, mais elle peine encore à mesurer son propre impact. L'étude du cabinet Axylia met en lumière les avancées, mais aussi les retards persistants des banques et gestionnaires d'actifs européens. -
Reclaim Finance oppose le devoir fiduciaire au financement de l'expansion fossile
Dans un récent rapport, l'association demande aux investisseurs institutionnels de conditionner leurs nouveaux mandats aux pratiques climatiques d'ensemble de leurs gérants. -
Lombard Odier IM dévoile deux nouvelles stratégies pour sa gamme TargetNetZero
Le gestionnaire d’actifs suisse annonce que sa gamme dédiée à la décarbonation a franchi le cap des 6 milliards de dollars d’actifs sous gestion. -
La donnée ESG s'impose comme un levier stratégique dans les entreprises
94 % des entreprises ont subi des pertes financières liées à des perturbations climatiques, selon une étude menée par Capgemini et Sweep auprès de 1.000 dirigeants d'entreprise. La donnée climatique passe d’un enjeu de conformité à un levier de résilience économique.
ETF à la Une
Les particuliers français propulsent la collecte des ETF européens vers un nouveau record
- Léa Dunand-Chatellet (Mirova) : «Nous voulons passer d'un acteur intermédiaire à un vrai leader»
- Amundi réorganise ses relations clients institutionnels et sa distribution
- Le métier titres de BNP Paribas réorganise son département dédié aux actifs numériques
- La donnée ESG s'impose comme un levier stratégique dans les entreprises
- La majorité des investisseurs professionnels sont prêts à basculer leurs encours vers des ETF actifs
Contenu de nos partenaires
-
France Inter : Charles Sapin renonce à y intervenir à la suite de la suppression de son édito par la direction
Directeur adjoint de la rédaction de « Valeurs actuelles », Charles Sapin a indiqué qu’une séquence de débat était envisagé suite à la suppression de son édito sur France Inter, sous pression des grévistes et syndicalistes. Il a refusé l’offre -
Arabie saoudite : des flammes et de la fumée noire visibles près de l'aéroport de Riyad
Des flammes et de la fumée noire s’élevaient dans les environs de l’aéroport international de Riyad, samedi 19 septembre. D’après Flightradar24, de nombreux vols sont annulés ou retardés. Deux fortes explosions ont eu lieu dans la nuit, après une alerte des autorités prévenant d’une « menace aérienne hostile » -
La stratégie du gouvernement pour faire avaler son budget
Montrer aux marchés que la France agit, aux Français que tout le monde doit faire des efforts, aux oppositions qu'elles n'ont pas intérêt à bloquer ce budget : le Premier ministre cherche à relever ce triple défi