Mario Draghi s’appuie sur le retournement des perspectives d’inflation
Mario Draghi a remporté une première victoire. La seule annonce du lancement d’un programme de rachats d’obligations d’Etat de la zone euro par la BCE, qui ne débutera effectivement que le 9 mars, a déjà eu un effet bénéfique sur les perspectives d’inflation. Depuis une semaine, le taux de swap inflation euro 5 ans dans 5 ans privilégié par la BCE s’est repris de 17 pb pour atteindre 1,75%, son plus haut niveau depuis début décembre dernier.
Parallèlement, le point mort des obligations indexées allemandes («linkers») à 10 ans a doublé depuis début janvier pour dépasser le seuil de 1,2% pour la première fois depuis septembre 2014.
Passé le trou d’air plus violent que prévu de 2015, avec un taux d’inflation qui devrait être nul en moyenne cette année, les membres de la BCE tablent désormais sur un rebond rapide à 1,5% en moyenne dès l’an prochain puis à 1,8% en 2017. Un chiffre voisin de l’objectif d’un niveau «proche mais inférieur à 2%» et conforme aux attentes du consensus. «Avec un pétrole qui se stabilise ou remonte un peu et un euro qui continue de baisser, l’inflation devrait rebondir assez significativement dès le second semestre», confirme René Desfossez, stratégiste chez Natixis. Barclays anticipe ainsi une sortie de déflation de l’Espagne dès le mois de novembre.
Les chiffres définitifs publiés en début de semaine sont d’ailleurs ressortis à un niveau plus fort que prévu de -0,3% le mois dernier, après -0,6% en janvier, avec une stabilité de l’inflation sous-jacente à 0,6%. Outre les effets de base favorables des prix énergétiques, la BCE prévoit un rebond de l’inflation sous-jacente justifié, selon elle, par «l’anticipation d’un net rétrécissement de l’output gap qui est d’ailleurs reflété dans la croissance à la fois des marges bénéficiaires et de la rémunération des salariés». Seule une amélioration de la demande pourrait ainsi conduire les entreprises à répercuter la hausse de leurs marges sur les prix.
La méthode de ces projections a néanmoins été ajustée pour tenir compte de tous les effets des mesures d’assouplissement à travers des canaux de transmission financiers, qui devraient permettre une fermeture complète de l’output gap (l'écart entre PIB observé et potentiel) d’ici à fin 2017, selon la BCE. Elle s’est montrée ainsi nettement plus optimiste sur les conditions d’activité en prévoyant désormais une accélération de la croissance du PIB de 0,9% l’an dernier à 1,5% en 2015, puis 1,9% en 2016 et 2,1% en 2017.
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