Mario Draghi change la donne budgétaire en zone euro
Selon Philippe Waechter, directeur de la recherche à Natixis AM, le président de la BCE s’inquiète du faible niveau de l’activité et préconise l’utilisation de toutes les marges possibles de la politique budgétaire de la zone
Publié le
Laurent Chemineau
Quelles sont les perspectives ouvertes par Mario Draghi , depuis la réunion des banquiers centraux à Jackson Hole, le 22 août?
Sur ce dernier point il a été plus incisif que lors des conférences de presse tenues à l’issue des réunions mensuelles de la BCE. Il s’interroge sur la durée prolongée d’un taux d’inflation très faible et des conséquences macroéconomiques que cela provoquerait. C’est à mon sens la raison de son changement de positionnement. L’inflation est très faible et les anticipations d’inflation se réduisent. Il s’inquiète aussi de n’être pas capable avec les moyens monétaires qui sont ceux de la BCE de pouvoir rapidement réduire le risque de déflation. C’est en raison de ce risque qu’il prône une plus grande coordination des politiques budgétaire et monétaire.
Mario Draghi a t-il épuisé les ressources de la politique monétaire, et la politique budgétaire lui apparait-elle désormais comme un recours?
En prenant en compte les mesures prises en Juin, la BCE a joué son rôle. Elle pourrait l’accentuer si son intervention sur le marché des ABS pouvait être mis en place rapidement afin de faciliter le financement des entreprises. Dans le cadre qui est le sien et au regard des anticipations observées sur la politique monétaire, Mario Draghi considère que cela n’est pas suffisant pour contrer le risque d’une inflation trop basse trop longtemps. La seule politique monétaire ne suffit plus et ses moyens supplémentaires sont réduits. Il est donc nécessaire de redonner un sens à la politique budgétaire. Il indique en outre son incapacité à faire comme les autres banques centrales qui peuvent garantir la dette publique. Il y a là aussi une revendication pour que la BCE soit effectivement le prêteur en dernier ressort comme a pu l’être la Fed aux USA ou la Banque d’Angleterre au Royaume Uni.
La politique budgétaire a été contrainte et n’a pu jouer son rôle de soutien à la demande comme cela a pu être le cas dans d’autres grandes économies. Car c’est là le point clé: Mario Draghi indique que la demande en zone Euro est trop réduite ne permettant pas de remettre en marche et de soutenir la machine économique. Cette absence de tensions est au cœur du risque de déflation qui menace la zone Euro.
Que préconise Mario Draghi exactement?
Il énonce quatre priorités qui passent par l’utilisation de toutes les marges possibles dans le cadre défini pour la politique budgétaire , c’est à la dire le pacte de stabilité et de croissance. Il préconise d’ adapter la composition de la politique budgétaire afin de lui redonner davantage d’efficacité afin de favoriser la croissance. Il s’agit par exemple de l’arbitrage entre baisse du poids de la fiscalité et dépenses. Il recommande de prendre une mesure de la politique budgétaire au niveau de la zone Euro et non plus pays par pays et enfin mettre en place un programme de relance de l’investissement public afin d’améliorer les conditions de la croissance à moyen et long terme.
La demande est trop faible et la seule politique monétaire ne pourra pas créer les conditions d’une demande plus robuste. Il faut une politique budgétaire pour la zone Euro qui soit la contrepartie de la BCE sur le plan budgétaire. Cette politique budgétaire européenne doit utiliser toutes les marges disponibles pour relancer la croissance. Elle doit aussi mettre en place un programme d’investissement public afin de créer une impulsion sur l’investissement privé et améliorer les conditions de la croissance potentielle (qui a été fortement affectée par le faible investissement depuis 2008).
Mario Draghi parle du taux de chômage structurel voisin de 9% pour la zone Euro. C’est élevé, trop élevé. Il faut donc mettre en place des mesures dont l’objectif doit être d’améliorer la compétitivité de la zone Euro et de lui donner les capacité d’une croissance plus autonome. Une façon de voir la nécessité de ces réformes structurelles est l’incapacité des économie de la zone Euro à repartir spontanément de l’avant.
Enfin Il veut faciliter l’allocation des ressources afin de favoriser le déploiement de l’activité et de l’emploi dans les secteurs qui progressent. Dans une période de récession, les secteurs qui marchent à la sortie ne sont pas ceux qui fonctionnaient bien avant la récession. L’objectif ici est de favoriser les transferts de ressources entre les secteurs. Le deuxième point évoqué par le président de la BCE est la formation qui doit permettre d’améliorer la qualité du travail et l’investissement.
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