Lorenzo Bini Smaghi lance le débat sur l’assouplissement quantitatif de la BCE

En cas de déflation, un QE pourrait être justifié, estime le membre du directoire sur le départ. Les interventions de la BCE sont déjà considérables
Violaine Le Gall

Quittant la BCE en fin d’année, Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire, a apparemment déjà repris quelques libertés dans sa communication. Alors que la banque centrale s’oppose toujours à évoquer toute forme d’assouplissement quantitatif, à l’inverse de la Fed et de la Banque d’Angleterre qui le pratiquent ouvertement, l'économiste italien a indiqué vendredi au Financial Times dans quelles conditions la BCE pourrait se lancer dans un vrai quantitative easing (QE).

Pour lui, un tel dispositif n’est pas justifié pour le moment «parce que la BCE ne voit pas actuellement de risque de déflation», explique-t-il. Toutefois, «si les conditions changent et si le besoin d’augmenter encore la liquidité se fait jour, je ne verrai pas de raison pour laquelle un tel outil, calibré en fonction des caractéristiques spécifiques de la zone euro, ne pourrait pas être utilisé».

Si la BCE se refuse toujours à parler de QE, ce qui pourrait pourtant redonner confiance au marché, son action en matière de politique non conventionnelle est cependant loin d'être inexistante. Les interventions de la BCE sont actuellement «très importantes», reconnaît la recherche économique de SG CIB. La banque centrale abreuve notamment les banques de liquidités, comme le montre sa dernière opération de refinancement à trois ans : 489 milliards, dont près de 200 milliards de liquidités nouvelles, ont été demandés par 532 banques. Une partie de ces fonds se retrouve cependant pour le moment sur la facilité de dépôt de la BCE. Les montants placés y ont grimpé de 265 à 347 milliards d’euros vendredi. L’augmentation de la taille du bilan de la BCE montre aussi pour certains que la banque centrale pratique bel et bien l’assouplissement quantitatif. Depuis l’automne, il est supérieur à celui de la Fed.

Toutefois, pour Stephen King et Janet Henry, économistes chez HSBC, il ne s’agit toujours pas de QE, l’intention n’y étant pas. Et en proportion du stock de dette souveraine en zone euro, les 200 milliards de titres d’Etat achetés par la BCE ne représentent que le quart ou le cinquième des efforts de la Fed et de la BoE. Ces dernières ont contourné le système bancaire et donc le circuit traditionnel de transmission de la politique monétaire en achetant directement des actifs, alors que la BCE espère voir les banques acheter de la dette souveraine. «Le bazooka est encore sous clé», concluent les économistes.

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