Livret A : la Cour des comptes abonde dans le sens de La Banque Postale

L’institution juge que la gestion du produit est déficitaire et que la filiale de La Poste n’en retire pas d’avantage commercial «sensible»
Alexandre Garabedian

Jean-Paul Bailly et Patrick Werner, les patrons respectifs de La Poste et de La Banque Postale, ont trouvé un renfort à l’heure où le gouvernement étudie les conditions de la banalisation du Livret A : la Cour des comptes. L’institution vient de boucler le rapport dressant le bilan des deux premières années d’existence de la banque. Un rapport programmé par la loi qui a créé La Banque Postale le 1er janvier 2006. Il s’agissait alors de vérifier, après deux ans, si le jeune établissement faussait la concurrence et s’il convenait d’élargir sa gamme. Depuis, La Banque Postale a reçu le feu vert des pouvoirs publics pour distribuer du crédit à la consommation et a vu affluer les offres de services de ses concurrents.

Dans la partie du rapport qui traite du Livret A, et que l’Agefi a pu lire, les conclusions de la Cour des comptes reprennent les arguments de l’établissement. En 2006, malgré 654 millions d’euros de revenus encaissés pour la gestion du Livret A, cette dernière « accuse un léger déficit ». Et seuls 28 % des livrets présentent un encours supérieur au seuil de rentabilité défini par La Poste, soit 800 euros. Il est dès lors facile de déduire ce que coûterait au groupe la gestion du Livret A si sa commission de collecte était ramenée de 1,3 % à 0,4 %. Avec 46,6 milliards d’encours à fin 2006, La Banque Postale perdrait plus de 420 millions d’euros par an sur ce produit.

La Cour des Comptes met notamment en avant le coût de la mission d’accessibilité bancaire qu’assume l’établissement. Elle « représente environ 80 % des coûts pour des livrets dont l’encours ne représente que 8 % du total ». A l’inverse, l’institution émet des doutes quant à l’utilité du Livret A comme produit d’appel. « Cet argument n’est que partiellement exact, indique le rapport. Seul le quart des livrets gérés est détenu par des clients habituels de la banque. » Ainsi, « il ne semble pas qu’elle en retire un avantage sensible au regard des charges d’exploitation qu’elle supporte ».

L’analyse rejoint la volonté d’assurer à La Banque Postale une transition en douceur vers la banalisation. La ministre de l’Economie Christine Lagarde a ainsi proposé de créer un Livret d’accessibilité bancaire réservé à la banque publique, moyennant une rémunération spécifique.

« La gestion de la mission liée au Livret A fera l’objet d’une enquête particulière », promet par ailleurs la Cour des comptes.

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