L’Italie s’aventure à ses dépens dans des transactions dérivées sur sa dette
Les swaps noués entre certains Etats de la zone euro et des banques d’affaires américaines n’ont pas fini de faire parler d’eux. Après la fameuse transaction passée en 2001 entre la Grèce et Goldman Sachs et qui avait permis à Athènes de diminuer artificiellement sa dette avant son entrée dans l’euro, c’est l’Italie et Morgan Stanley qui défraient cette fois la chronique.
En présentant ses résultats annuels, la banque avait indiqué par une simple note de bas de page avoir réduit de 4,9 milliards de dollars à 1,5 son exposition sur l’Italie, en restructurant le 3 janvier certaines transactions dérivées. Elle avait comptabilisé un gain de 600 millions de dollars dans ses comptes du quatrième trimestre.
Selon le gouvernement, la diminution de 3,4 milliards dans l’exposition de Morgan Stanley est liée à un paiement de 2,59 milliards d’euros de l’Italie. Rome aurait ainsi dénoué un contrat dérivé datant des années 90. Le Trésor italien détient encore des contrats couvrant quelque 160 milliards d’euros, soit près de 10% de la dette publique en circulation.
L’Italie a noué de nombreux swaps avec des contreparties bancaires pour alléger le poids de sa dette – ou du moins le reporter dans le temps. Selon des rumeurs de marché, la transaction Morgan Stanley serait un swap de taux portant sur un nominal de 3 à 4 milliards d’euros de dette, grâce auquel l’Italie se serait assuré un coût de 4% à 5% sur 30 ans. Mais l’évolution des taux sur les marchés aurait rendu la position perdante. Dans ces cas-là, une contrepartie privée répond à des appels de marge. Mais la plupart des Etats, et notamment l’Italie, n’ont pas pour habitude de poster du collatéral sur ce type de transactions. Le gouvernement a confirmé que Morgan Stanley avait fait jouer une clause de cas de circonstance nouvelle supplémentaire.
La nouvelle devrait relancer le débat sur la transparence de ces transactions. «Cela montre que nous devons en savoir beaucoup plus. Je suis réticente à ce que les banques centrales et les Etats aient autant d’exemptions» en matière de règles de reporting des transactions sur dérivés, indiquait vendredi à Bloomberg Sharon Bowles, la présidente du comité des affaires économiques et monétaires du Parlement européen. En 2001, Goldman Sachs avait dégagé un profit immédiat de 600 millions d’euros sur le swap noué avec Athènes, qui avait dû être restructuré en 2005.
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