L’Italie mène son premier «bail in» de créanciers juniors particuliers
C’est une première en Italie. Des particuliers, créanciers d’une banque, ont été mis à contribution pour éponger les pertes d’un petit établissement de crédit, la Banca Romagna Cooperativa. Placée sous tutelle de la Banque d’Italie fin 2013, la banque coopérative située en Emilie-Romagne a été liquidée le 17 juillet.
Les actionnaires et les créanciers juniors ont pris leurs pertes, tandis que les actifs et le reste des passifs, notamment les dépôts garantis, ont été transférés à Banco Sviluppo, une filiale d’Iccrea, groupe au service des quelque 400 banques coopératives italiennes. Rome voulait à l’origine éponger les pertes du groupe en utilisant le fonds de garantie des dépôts bancaires, mais la Commission européenne a jugé qu’il s’agissait d’une aide d’Etat et a obligé à un «bail in».
Au bout du compte, les clients particuliers qui avaient souscrit les obligations juniors de Banca Romagna s’en tireront tout de même sans dommages financiers. Le Fondo di garanzia istituzionale, fonds de garantie des banques coopératives italiennes, a décidé, «de manière volontaire et sans y être aucunement obligé», de les indemniser de leurs pertes.
Les montants en jeu sont symboliques: 3,5 millions d’euros d’obligations juniors selon les statistiques de Bloomberg, pour un établissement dont les crédits n’atteignaient pas le milliard. Mais à quelques mois de l’entrée en vigueur de la directive BRRD sur la résolution bancaire, le 1er janvier 2016, qui étendra le «bail in» aux créanciers seniors, le cas est riche d’enseignements pour les banques transalpines.
«Les pertes imposées aux créanciers juniors sont bien plus probables sous BRRD, et cela réduira l’appétit des particuliers pour ce type d’instruments, relevaient hier les analystes de Fitch. Cela pourrait poser un problème aux petites banques italiennes, qui par tradition se reposaient largement sur leur clientèle de particuliers pour leur vendre une large gamme d’instruments de financement».
Le secteur coopératif italien use et abuse de titres subordonnés et hybrides vendus aux sociétaires, au point que la Banque d’Italie a récemment mis en garde émetteurs et investisseurs retail contre les changements liés la nouvelle législation. Dans ce contexte, le choix de dédommager les porteurs d’obligations Banca Romagna apparaît compréhensible.
Plus d'articles du même thème
-
Un Shein en perte de vitesse se présente à la Bourse de Hong Kong
Le géant controversé de la fast fashion a publié le 26 juillet son document d'introduction en Bourse. Il a signé une perte au premier trimestre et pâtit des taxations imposées aux petits colis dans les pays occidentaux. -
Le déficit commercial français reste plus lourd qu'avant la crise sanitaire
Le solde commercial français dépend de quatre principaux secteurs industriels qui n’ont pas retrouvé le même niveau d’exportations qu’avant la pandémie de Covid, hormis le secteur du luxe. -
Face au risque climatique, la tutelle des assureurs les appelle à se mobiliser sur la prévention
Alors que les incendies font rage près de Bordeaux, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution a conduit en 2025 et 2026 une revue de la gestion des risques liés au changement climatique. De bonnes pratiques ont été relevées chez les assureurs, mais les actions de prévention restent à déployer. -
Donald Trump prolonge sa guerre commerciale
L’administration américaine a instauré de nouveaux droits de douane de 10% ou 12,5% au nom de l’article 301 du Trade Act contre le travail forcé. Un cadre juridique qui inscrit la guerre tarifaire dans la durée. -
Le gendarme américain de la Bourse ouvre le dossier des coffres-forts crypto
Le régulateur des marchés financiers américains débute son travail sur les actifs de la finance décentralisée. Tout en adoptant une posture ouverte au dialogue, il rappelle aux acteurs que certains coffres-forts ou protocoles rentrent dans le giron législatif des valeurs mobilières. -
Ardian poursuit la réorganisation de sa gouvernance
François Jerphagnon succède à Mathias Burghardt à la présidence du directoire d'Ardian France. Ce dernier quitte ses fonctions exécutives pour se consacrer à l'activité Infrastructure.
ETF à la Une
Amundi met en place deux ETF sur les puces mémoire et les centres de données
- Mirova négocie la cession de son pôle private equity à Jolt Capital
- La gestion d'actifs sauve tout juste les résultats de Lazard
- BNP Paribas collecte 6 milliards d’euros en gestion d’actifs au deuxième trimestre 2026
- Amundi met en place deux ETF sur les puces mémoire et les centres de données
- Fabrice Kremer va succéder à Guy Wagner en tant que directeur des investissements de BLI
Contenu de nos partenaires
-
Cocktail explosifMégafeux : pourquoi ce n'est que le début
« Orage de feu » jamais vu, record d'évacuations, trentaine de foyers actifs simultanément : ce pire épisode d'incendies que le pays ait connu depuis 1949 illustre ce que les climatologues annoncent depuis des années -
EditorialCanicules, mégafeux : l'impasse de l'infantilisation citoyenne
Il est temps de changer de paradigme. Le précautionnisme a vécu. Pratiquée par tous nos dirigeants, cette religion de la protection absolue – « quoi qu'il en coûte » – sonne de plus en plus comme une promesse creuse -
BatailleA400M, bulldozers, sapeurs : la mobilisation maximale des militaires face aux feux
Les armées fournissent matériels et personnels face aux incendies, en plus d’une brigade dédiée à la sécurité civile. Et fait monter en puissance ses dispositifs