Lisbonne face à un calendrier semé d’embûches
Le calendrier politique et économique du Portugal va être chargé au cours des prochaines semaines. La démission du Premier ministre José Socrates, intervenue à la suite du rejet du plan d’austérité par le Parlement, n’a pas encore été officiellement acceptée par le président portugais Anibal Cavaco Silva (photo). Ce dernier a débuté vendredi les consultations avec les différents partis politiques. Il doit réunir cette semaine le Conseil d’Etat avant d’annoncer la dissolution du Parlement et la convocation d’élections anticipées.
L’opposition de droite plaide pour une action rapide, évoquant la date du 29 mai pour la tenue des élections. La gauche, dont le parti socialiste (minoritaire au Parlement depuis 2009), avance de son côté la date du 5 juin, voire du 19 juin. Le code électoral portugais stipule que les élections ne peuvent se dérouler moins de 55 jours après avoir été appelées.
Mis en échec au Parlement, le Premier ministre démissionnaire a été réélu ce week-end à la tête du parti socialiste avec 93% des suffrages. Il a d’ores et déjà indiqué qu’il se présenterait à nouveau devant les électeurs. Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision SIC, le chef de file de l’opposition, Pedro Passos Coelho (social-démocrate), a confirmé que la feuille de route visant à ramener le déficit public à 4,6% du PIB cette année, 3% en 2012 et 2% en 2013 «n’était pas remise en cause». Il a promis de présenter rapidement ses propres méthodes, incluant notamment un programme de privatisations dans les secteurs des transports et de l’énergie.
Selon un sondage réalisé par Marktest et publié par le journal Diario Economico, son parti recueillerait 47% des intentions de vote contre 25% pour les socialistes. «J’espère que le Portugal n’aura pas besoin d’une aide internationale», a déclaré Pedro Passos Coelho à Bloomberg Television. Une ligne de conduite également tenue lors du sommet européen de Bruxelles par José Socrates.
Des voix discordantes ont toutefois résonné ce week-end. Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, a jugé hier dans une interview à la chaîne autrichienne ORF que la perspective d’un soutien financier d’environ 75 milliards d’euros «n’était pas totalement irréaliste».
Dégradé jeudi par Fitch (à A-, perspective négative) et Standard & Poor’s (à BBB, perspective négative), le Portugal a vu sa dette souveraine malmenée. Le rendement de l’emprunt d’Etat à cinq ans s’est hissé vendredi jusqu’à 8,377%. LCH Clearnet, première chambre de compensation européenne, a de son côté fait part de sa décision de ne plus prendre les obligations gouvernementales portugaises en collatéral pour les paniers €GC du service RepoClear.
Les investisseurs ont déjà intégré les échéances politiques à venir alors que le pays doit se préparer à plusieurs tombées obligataires. La première, de 4,3 milliards d’euros, se présentera en avril. La seconde, de 4,9 milliards d’euros, est attendue au mois de juin. Selon UniCredit, l’état actuel de la trésorerie portugaise (estimée à 4 milliards d’euros) suffirait à peine à honorer la première échéance de remboursement. «Cela place le pays dans une position très incertaine», soulignent les économistes de la banque italienne.
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh propose une Fed «moins communicante»
Les acteurs du secteur financier peuvent y voir une évolution potentiellement positive si cela permet de réagir plus vite et mieux aux données. On peut cependant encore douter que le banquier central nommé par le président Donald Trump soit celui qui cherche ainsi à dépolitiser la Fed. -
Le M&A s'alimente de nouveau au gros gibier
En dépit de moindres volumes, la valeur des opérations de fusions & acquisitions a rebondi durant ce premier semestre 2026, un début d'année marqué par des transactions de grande envergure. L'intérêt des investisseurs se concentre notamment sur les secteurs des télécommunications, de l'énergie, des infrastructures et de l'intelligence artificielle, relèvent les banques d'investissement. -
CRH change de braquet aux Etats-Unis
L’acquisition d’Arcosa en numéraire pour 8,5 milliards de dollars, dette incluse, renforcera la position du groupe irlandais de matériaux de construction dans les infrastructures et l’énergie.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- La Région Auvergne-Rhône-Alpes lance un appel d'offres pour un fonds défense de 100 millions d'euros
- L'AFG propose d'introduire une dose de capitalisation dans les retraites complémentaires du privé
- Le programme Tibi 3 vise 15 milliards d'euros d'investissements dans la tech
- La frontière entre actifs cotés et non cotés s'estompe dans les allocations institutionnelles
- Blue Sea et dette privée : Bpifrance muscle son arsenal d’investissement
Contenu de nos partenaires
-
AdaptationClimatisation : la grande bascule des politiques
Face aux canicules à répétition, le débat sur le dérèglement climatique n’existe plus. Il se déplace sur l’adaptation. En se cristallisant sur la seule question de la clim, devenue très politique -
Commerce internationalLe commerce maritime international en mode agile
De la mer Rouge au détroit d'Ormuz, les crises géopolitiques rebattent les cartes du transport maritime. Armateurs, assureurs et transitaires s'organisent désormais pour naviguer dans un monde où l'incertitude est devenue la norme. A l'occasion du Rendez-vous ParisMAT qui se tient aujourd'hui et demain à Paris, petit tour d'horizon de ce nouveau quotidien -
EXCLUSIFDominique de Villepin : « Il faudra revenir à une taxe carbone »
Retour de l’ISF, taxe carbone, fonds souverain de 100 milliards… L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac dévoile en exclusivité les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2027