L’Irlande utilise la dette bancaire senior comme moyen de négociation
Alors qu’elle semblait définitivement écartée, l’idée d’une participation des créanciers seniors au sauvetage du secteur bancaire irlandais a été relancée mercredi par le ministre des Finances irlandais. Plusieurs raisons ont pu conduire le gouvernement à remettre le sujet sur la table. Elles relèvent moins d’une logique purement financière que d’une stratégie politique car le montant de la dette senior concernée, celle des banques non viables Anglo Irish et Irish Nationwide Building Society, est «relativement faible», à 3,7 milliards d’euros, d’après Antonio Garcia Pascual, économiste chez Barclays Capital, puisqu’elle représente moins de 2% du PIB.
La population serait plus à même d’accepter le programme de consolidation fiscale si les créanciers seniors supportaient des pertes. «Plus la base du partage de la charge est large, plus il est probable que la stratégie de consolidation budgétaire du gouvernement soit soutenue par la société», analyse Antonio Garcia Pascual. La décision serait d’autant plus appréciée que les créanciers des banques les plus fragiles doivent être considérés par les autorités comme des spéculateurs, ajoute-t-il.
Mais il existe un obstacle de taille à l’option d’une participation des créanciers seniors à la restructuration du secteur bancaire irlandais. En effet, la BCE s'était opposée à cette mesure au moment de la mise en place du programme international de sauvetage, dans la crainte qu’une telle décision ne nuise à la stabilité financière en Irlande et, par contagion, à d’autres systèmes bancaires de la zone euro. La sortie du ministre des Finances est d’autant plus surprenante qu’il aurait pu, dans le passé, trouver des moments plus appropriés pour faire part de sa décision, par exemple en mars dernier, lors de l’annonce de la vaste restructuration du secteur bancaire du pays, estime les stratégistes crédit de BNP Paribas.
«Notre première réaction est qu’il s’agit probablement de l’ouverture d’une nouvelle phase dans la tentative du gouvernement irlandais d’obtenir une réduction du taux d’intérêt fixé dans le plan de sauvetage du pays», de 5,8%, concluent-ils, jugeant cette stratégie préjudiciable à la crédibilité du gouvernement irlandais. Jusqu’alors, il n’avait ouvert la possibilité à une participation des créanciers seniors que si les deux banques avaient besoin de fonds supplémentaires. Or, la banque centrale d’Irlande a estimé le mois dernier qu’une nouvelle injection de cash ne serait pas nécessaire.
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