L’Irlande prête à faire sauter le tabou de la protection des créanciers seniors
Le verrou des créanciers seniors va-t-il sauter en Irlande ? Dans un entretien accordé hier à la chaîne RTE, le ministre irlandais des Finances a évoqué cette possibilité. «Nous ne pensons pas que le contribuable irlandais devrait rembourser ce qui est devenu un investissement spéculatif - nous ne croyons pas que cela devrait être remboursé au pair», a déclaré Michael Noonan. Et cela même s’il a remboursé au pair la semaine dernière des créanciers seniors d’Anglo Irish pour un total de 200 millions d’euros. «Je ne voulais certainement pas déporter l’attention sur l’Irlande pour un montant relativement faible dans le contexte général des événements», a-t-il plaidé.
C’est en marge d’une rencontre avec le Fonds monétaire international aux Etats-Unis que le ministre de Finances irlandais a fait cette déclaration. Il a affirmé disposer de la bienveillance de l’institution de Washington, alors que la Banque centrale européenne a toujours fait part de son opposition à un tel projet. «Il y a un risque que le marché attache trop d’importance à ces déclarations», estiment les courtiers de Glas Securities. «Nous ne pensons pas que la position de la BCE sur le partage du fardeau des dettes bancaires va évoluer, tout particulièrement au moment où la volatilité et les tensions sur les marchés obligataires de la zone euro se renforcent».
Le gouvernement irlandais opère lui-même un revirement qu’il justifie par le fait que les deux établissements, désormais réunis, ne sont plus qu’une coquille destinée à abriter des actifs toxiques. Les titres non sécurisés et échappant à la garantie de l’Etat s'élèvent à environ 2,9 milliards d’euros pour Anglo Irish et 600 millions d’euros pour Irish Nationwide. «Sur le marché secondaire, il y a une décote assez importante. Et le marché secondaire est généralement celui qui décide quel prix est approprié. C’est une ligne directrice pour toute négociation. Mais nous sommes encore loin de cette phase», a reconnu Michael Noonan. En dépit de ce changement de ligne de conduite, Dublin veut garder la tête froide. Le Premier ministre Enda Kenny a réaffirmé hier que le pays n’imposerait pas de pertes aux créanciers seniors des deux piliers du secteur bancaire national : Bank of Ireland et Allied Irish Banks.
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