L’intérêt croissant des investisseurs non résidents bouscule la dette japonaise

La baisse des taux à 10 ans à 0,81% coïncide avec la hausse record du montant des obligations japonaises détenues par les investisseurs étrangers
Patrick Aussannaire

Effet temporaire ou modification structurelle ? Jusqu’à présent, la faible proportion d’investisseurs étrangers détenant des obligations d’Etat japonaises (JGB) préservait le Japon d’une crise souveraine identique à celle que traverse la zone euro. Si le montant de JGB détenues par les non-résidents est resté stable d’un trimestre sur l’autre à 76 milliards de yens à la fin du mois de mars, il reste en hausse de 23% sur un an, selon les chiffres publiés par la Banque du Japon.

Si le rythme de hausse a ralenti par rapport à celui de 37,2% enregistré fin décembre, il s’agit de la plus forte progression sur une année fiscale depuis 1979. Et la proportion de détention des étrangers dans le total des 919.000 milliards de yens obligations en circulation a progressé à 8,3%, se rapprochant du record de 8,6% enregistré fin septembre 2008.

Plus inquiétant, les ménages japonais semblent se détourner du marché obligataire. Ils détenaient en effet 835.000 milliards de yens (8.400 milliards d’euros) en trésorerie et dépôts fin mars, un montant en hausse de 2,3% sur un an. Les dépôts en liquidités progressaient de 4,9% dans le même temps à 311.000 milliards. Une tendance qui reflète la préférence des ménages nippons pour les actifs liquides, qui pèsent à hauteur de 55% dans leurs actifs totaux, contre 14,5% aux Etats-Unis.

Les inquiétudes pesant sur l’économie européenne ont profité aux rendements des JGB, avec un taux à 10 ans qui est ainsi tombé à 0,81%. Et la courbe de connaître un fort mouvement d’aplatissement, la différence entre le taux 5 ans et le taux 10 ans s’étant réduit à 60 pb, et celle entre le 10 ans et le 30 ans à 103 pb. «Les investisseurs étrangers ne sont pas attirés par les rendements mais par la détention de yens», explique Credit Suisse. En témoigne la hausse de la devise à 78,91 contre dollar.

Un phénomène qui pourrait être de courte durée. «Les investisseurs étrangers ne comptent pas garder leurs positions. Une fois que la situation se sera normalisée en Europe, les investisseurs se tourneront vers des actifs plus attractifs» estime Daiwa Securities. D’autant que la crédibilité budgétaire du gouvernement a été fortement mise à mal par Fitch qui pointe son incapacité à faire voter la hausse de la TVA dans le cadre d’un plan de réduction des déficits et prévoit une augmentation de la dette à 239% du PIB à la fin de l’année.

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