L’interdiction des ventes à découvert se heurte à la dure loi des marchés
La mesure adoptée le 11 août n’a pas empêché la chute des valeurs financières. L’AMF devrait réexaminer le dispositif la semaine prochaine
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Alexandre Garabedian
Fin août, l’Autorité des marchés financiers (AMF) avait annoncé un réexamen de sa position sur les ventes à découvert. Son collège devrait se pencher sur la question lors de sa prochaine réunion, prévue le 20 septembre. La violente correction des valeurs bancaires lui donnera matière à réflexion.
Le 11 août, en pleine tempête boursière, l’AMF a interdit les ventes à découvert sur dix titres de banques et d’assureurs, une mesure prolongée le 25 août dernier jusqu’au 11 novembre. Le bilan n’est pas fameux. L’interdiction des ventes à découvert n’a pas empêché, depuis le 11 août, des chutes à deux chiffres des actions Société Générale (-26%), BNP Paribas (-26%), Crédit Agricole (-16%) et même Axa (-16%). De quoi relancer le vieux débat entre partisans et détracteurs de la prohibition.
L’efficacité d’une telle mesure a déjà été mise en cause lors de la déroute des marchés il y a trois ans. Une étude de la Cass Business School, portant sur la période 2007-2009, et publiée le 26 août, apporte de l’eau au moulin des sceptiques. Selon Alessandro Baber, coauteur de l’étude, qui a passé en revue les mesures adoptées dans trente pays, «toutes les preuves indiquent que l’interdiction de la vente à découvert n’a, au mieux, pas affecté le prix des valeurs, et au pire, contribué à leur chute». Les chercheurs ont aussi noté un élargissement des fourchettes de cotation. Le signe d’un tarissement de la liquidité qui affecte en particulier les petites valeurs, pour lesquelles il n’existe pas de marché d’options qui permette de se couvrir.
L’efficacité de l’interdiction est d’ailleurs contestée aussi par les praticiens de la finance en raison de l’existence d’autres instruments qui permettent de la contourner. C’est le cas des options de vente (put) et autre dérivés grâce auxquels un investisseur peut construire des positions courtes synthétiques, ou encore des ETF «short».
«Il n’a jamais été dit que l’interdiction allait éviter la chute des cours, tempère un bon connaisseur des arcanes de l’AMF. C’est un moyen de freiner la spéculation. La mesure a d’ailleurs été efficace les premiers jours, mais le niveau d’inquiétude est tel qu’aujourd’hui les investisseurs longs sur les valeurs bancaires françaises vendent leurs positions».
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