L’injection à trois ans de la BCE ouvre le débat sur le taux de la facilité de dépôt

L'éventuelle absence de rémunération des dépôts ne suffira pas à inciter les banques à utiliser les liquidités empruntées
Violaine Le Gall

Hier, 523 banques européennes ont reçu les 489 milliards d’euros de liquidités qu’elles ont demandés la veille à la Banque centrale européenne. Dès aujourd’hui peu après 9 heures, une indication sera fournie sur l’emploi immédiat de ces lignes par les banques, avec la publication du montant placé à la facilité de dépôt de la BCE.

Dans un premier temps, les établissements vont vraisemblablement décider de laisser la majeure partie des sommes empruntées sur la facilité de la BCE, rémunérée à 0,25%. Elles s’ajouteront au montant toujours élevé déposé à la banque centrale, qui a atteint un record de 346 milliards mi-décembre. Les banques préfèrent se constituer un coussin de sécurité plutôt que de prêter.

Pour les prêteurs qui sont en plein bouclage des comptes, la période de fin d’année est en effet peu propice à des prises de positions conséquentes sur les marchés. «Dans un mois environ, nous aurons une idée plus précise des intentions des banques quant à l’utilisation des sommes empruntées», estime Cyril Regnat, stratégiste taux chez Natixis.

Pour que l’opération de refinancement à trois ans de la BCE porte ses fruits, il faudra alors que les banques se mettent à utiliser les sommes empruntées pour se refinancer, prêter ou investir sur les marchés, en particulier celui de la dette souveraine européenne.«Vraiment, ce serait une énorme déception si les banques ne jouaient pas le jeu», prévient Cyril Regnat qui rappelle que, si elles utilisent la facilité de dépôt, elles seront perdantes, sa rémunération étant inférieure au taux de prêt de la LTRO.

Une des solutions pour inciter les établissements à réinjecter l’argent emprunté dans l'économie serait de réduire encore le taux de rémunération de la facilité de dépôt à 0%, voire de le rendre négatif. «Ce n’est pas une mesure désirée par la BCE pour le moment, indique Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel ETC Pollak. Si elle était néanmoins mise en place, elle serait une mesure d’accompagnement pour amplifier une reprise du marché monétaire, mais elle ne pourrait pas à elle seule la provoquer.»

De même, si les dépôts ne sont plus rémunérés, les banques n’iront pas pour autant investir dans la dette souveraine. «On peut supposer que les banquiers resteront durablement à l’écart de la dette souveraine qu’ils continuent à liquider pour éviter le risque d’un scénario à la grecque où ils avaient approuvé une décote consentie de 50% de la dette», explique Fabrice Cousté, directeur général de CMC Markets France.

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