L’Inde compte sur le nouveau gouverneur de la RBI pour redresser la barre
L’Inde attend Raghuram Rajan comme le Messie. L’ancien chef économiste du FMI qui a été le premier à alerter dès 2005 sur le risque associé aux «subprimes», prendra officiellement la place de gouverneur de la banque centrale indienne (RBI) dès aujourd’hui. Or, le pays traverse une zone de turbulence caractérisée par un fort affaiblissement de la croissance, une chute libre de la roupie, et des déficits budgétaire et courant de 4,8% et 4,9% du PIB.
«L’ampleur des cessions d’actifs dans les pays émergents a atteint un tel niveau qu’il est impossible de ne pas tenir compte du risque d’une crise au sein des économies les plus fébriles. Et aucun de ces pays n’est dans une position plus délicate que l’Inde», ajoute la société de gestion GaveKal. Malgré les efforts du gouvernement pour freiner les sorties de capitaux, la roupie s’est dépréciée de 25% contre dollar depuis mai, et de 15% sur le seul mois d’août. Parallèlement, le real brésilien cédait 18%, le rouble 8%, la roupie indonésienne 17%, le peso mexicain 12%, et le dollar australien 13%.
L’indice PMI du secteur manufacturier est passé en août sous le seuil de contraction de l’activité, à 48,5 points, pour la première fois depuis mars 2009. La croissance du PIB au deuxième trimestre a chuté à 4,4%, après 4,8% au trimestre précédent: sa plus mauvaise performance depuis 2009. BNP Paribas a revu sa projection de croissance pour l’année fiscale en cours à 3,7%. Un rythme qui serait le plus faible que le pays ait connu depuis 1991.
Dans ce contexte, GaveKal estime que Raghuram Rajan est attendu «sur sa capacité à restaurer la confiance des marchés dans la politique de change indienne, et sur sa capacité à faire avancer les réformes longtemps repoussées qui pourraient soutenir la croissance à long terme». La RBI permet depuis hier aux sociétés indiennes d’emprunter auprès d’investisseurs étrangers, et envisage ses premières émissions d’obligations souveraines libellées en dollar. Une option réactivée hier par la Corée du Sud, alors que le won est presque remonté à ses niveaux de mai.
Raghuram Rajan aura néanmoins du mal à justifier un resserrement monétaire, comme l’ont fait le Brésil et l’Indonésie, du fait du caractère plus modéré des risques inflationnistes. En outre, les interventions répétées sur le marché des changes, encore objet de rumeurs hier, ont fait fondre les réserves de change indiennes de 13% depuis 2011 à 278 milliards de dollars, soit l’équivalent de sept mois d’importations.
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