L’hypothèse d’une restructuration des dettes irlandaises et portugaises prend corps

Les courbes des CDS des deux pays témoignent des craintes du marché au-delà de la fin programmée du Fonds européen de stabilité financière
Alexandre Garabedian

La tension s’est encore accrue mardi sur les CDS du Portugal (à 467 pb) et de l’Irlande (599 pb). Depuis que l’Allemagne a proposé fin octobre un mécanisme permanent de résolution des crises budgétaires en Europe qui ferait participer les détenteurs de titres souverains, les marchés ont revu nettement en hausse la probabilité d’une restructuration de la dette irlandaise et portugaise. A cinq ans, celle-ci dépasse désormais 45% pour l’Irlande et 37% pour le Portugal, sous l’hypothèse d’un taux de recouvrement de 50%.

Les credit default swaps étant parfois peu liquides, ces chiffres sont à manier avec précaution. Mais la forme prise par les courbes des CDS portugais et irlandais ne trompe pas. Sur la partie 1-3 ans, la pente s’est accrue de 50 pb depuis la mi-octobre. Au contraire, sur la partie 3-5 ans, les courbes se sont aplaties, puis inversées, comme pour la Grèce.

«Cela témoigne clairement d’une réappréciation du risque à 3 ans, en ligne avec la fin programmée du Fonds européen de stabilité financière, indique Nick Bruns, stratégiste crédit chez Deutsche Bank. Le marché est moins sûr d’une intervention des autorités au-delà de cette échéance».

Les écarts de rendements sur le cash reflètent aussi cette crainte croissante d’une éventuelle restructuration. Sur les emprunts d’Etat irlandais à 10 ans, la prime exigée par rapport au Bund (533 pb) reflète une probabilité de perte de 30%, calcule Elia Lattuga, stratégiste chez UniCredit.

L’Irlande n’a certes par prévu de revenir sur les marchés avant 2011. Côté portugais, où 93% du programme de financement 2010 est assuré, l’adjudication aujourd’hui d’obligations 2016 et 2020 pour 1,25 milliard d’euros sera la dernière de l’année. Cela ne diminue pas pour autant le risque de pression vendeuse sur les titres des deux Etats, ni le cercle vicieux d’une contagion des tensions à d’autres pays ou classe d’actifs, selon Jacques Cailloux, chez RBS.

Depuis plusieurs jours d’ailleurs, les CDS bancaires s’écartent, en particulier sur la dette subordonnée, la restructuration imposée aux porteurs d’Anglo Irish ayant eu des répercussions sur les autres établissements irlandais. Et l’agence Fitch a dégradé lundi les notes de quatre banques portugaises en invoquant leur difficile accès au marché, que cette décision compliquera encore. Les intéressées ont protesté, et le Banco Espirito Santo a même mis fin au contrat de Fitch.

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