L’Eurogroupe réserve un accueil mitigé au projet d’union bancaire
Alors que Paris veut voir la supervision unique des banques de la zone euro mise en place d’ici à la fin 2012, Berlin appelle à la prudence
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Antoine Duroyon
Le sommet de l’Eurogroupe, qui s’est tenu ce week-end à Nicosie, a tourné à l’affrontement. Au coeur des débats mouvementés des ministres des Finances des Vingt-Sept : le projet d’union bancaire présenté la semaine dernière par la Commission européenne. Celui-ci prévoit la mise en place d’un superviseur unique, en l’occurence la Banque centrale européenne, pour les 6.000 banques de la zone euro. Une instance incontournable pour permettre aux banques de la zone euro d’accéder directement au futur Mécanisme européen de stabilité financière (MES).
Une ligne de fracture divise Paris et Berlin. La France, soutenue notamment par l’Italie et l’Espagne, a plaidé pour une finalisation rapide du projet, à savoir d’ici à la fin de l’année. «Nous ne pouvons pas perdre de temps», a justifié le ministre française de l’Economie et des Finances Pierre Moscovici. «Nous soutenons pleinement le projet et le calendrier ambitieux de la Commission», a renchéri son homologue italien Vittorio Grilli.
En face, l’Allemagne, appuyée par la Suède, les Pays-Bas et la Pologne, a tenu un autre discours. Pour le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, il faudra du temps pour bâtir «un dispositif assez important» permettant à la BCE de superviser un tel nombre d'établissements. Berlin à dès lors demandé une approche progressive. «Nous souhaitons vivement la mise en place de stress tests avant que les établissements d’importance systémique ne soient transférés des superviseurs nationaux au niveau européen», a souligné Wolfgang Schaüble. Une manière d'écarter du champ de la supervision des banques en mauvaise posture.
Un autre motif de discorde porte sur l’articulation entre supervision à Dix-Sept et régulation à Vingt-Sept. «De nombreux pays qui ne font pas partie de la zone euro trouvent cette solution inacceptable», a réagi le ministre suédois des Finances Anders Borg. La Commission européenne avait tenté de calmer les esprits en proposant une adapatation des règles de vote au sein de l’Autorité bancaire européenne (EBA). Ce week-end, le vice-président de la BCE, Vitor Constancio, pressenti pour prendre la tête de la supervision bancaire de la zone euro, a reconnu qu’il fallait étudier dans quelles conditions ces pays hors zone euro pouvaient être associés aux décisions de supervision.
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