L’Etat veut flécher l’argent des retraites complémentaires vers les entreprises
Le ministre du Redressement productif assure que cela stabiliserait l’actionnariat de groupes du CAC et éviterait des OPA indésirables
Publié le
Solenn Poullennec
Le ministre de l’Economie et du Redressement productif, Arnaud Montebourg.
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Le gouvernement réfléchit à la mobilisation des retraites au service du financement de l’économie. Le président de la République, François Hollande, a affirmé sa volonté «d’orienter les 200 milliards d’actifs qui sont gérés par les organismes de retraite complémentaire vers les entreprises», à l’occasion de la«grande conférence sociale» en début de semaine. «Seuls 10% aujourd’hui de ces fonds vont vers les entreprises et à peine 3% vers les PME», a souligné le chef de l’Etat.
Le ministre de l’Economie et du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a de nouveau évoqué ce projet hier en soulignant qu’il allait demander aux fonds de retraite complémentaire d’investir «dans les entreprises cibles du CAC 40 afin de constituer un actionnariat de long terme, fiable et solide, résistant aux OPA indésirables». Pour le ministre, qui a tenu à intervenir dans le cadre du rachat par General Electric d’Alstom, il s’agit de mener une politique de «patriotisme économique».
Difficile de savoir à cette heure comment ce programme pourrait être mis en œuvre. «Les retraites complémentaires en France sont gérées en répartition. Elles gèrent des sommes susceptibles d’être mobilisées à tout moment comme le montre l’exemple de l’Arrco et de l’Agirc [qui gèrent le régime de retraite complémentaire des cadres du privé et des salariés]. Il est donc difficile de les mobiliser pour des investissements à long terme», explique un connaisseur du secteur.
Le système par capitalisation est représenté par l’établissement de retraite additionnelle de la fonction publique, l’Erafp. «L’Erafp, avec 20 milliards d’euros d’actifs sous gestion (qui augmentent de 2 milliards d’euros par an) est le seul vrai fonds de pension en France. Son allocation d’actifs l’oblige à investir minimum à 65% en obligations ce qui limite de fait sa capacité à faire plus de financement de non-coté et plus d’investissements en actions», développe la même source.
Les déclarations d’Arnaud Montebourg soulignent en creux l’absence de fonds de pension privés en France. Leur création est un des chevaux de bataille de l’Association française des marchés financiers (Amafi) qui s’est félicitée hier des annonces de François Hollande. Son projet (aux contours encore imprécis) de «Fonds de financement de l’économie française», suppose la mobilisation de quelque 100 milliards d’euros notamment auprès de l’Argic Arrco, de Préfon Retraite et de l’Erafp.
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