L’essor des plates-formes obligataires laisse les professionnels des marchés dubitatifs
Les projets en cours ne peuvent se substituer au rôle traditionnel des teneurs de marché, indique un rapport de l’ICMA sur la liquidité du crédit.
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Alexandre Garabedian
Banques et gérants se penchent sur la liquidité envolée des marchés de crédit. L’ICMA, l’association des professionnels des marchés de capitaux, a publié hier un rapport sur la question en Europe après avoir mené entre juillet et octobre une quarantaine d’entretiens auprès du sell-side (Deutsche Bank, BNP Paribas…), du buy-side (BlackRock, Credit Suisse AM…), d’émetteurs (GE, Vodafone…) ou encore de fournisseurs de technologies (Tradeweb).
Le constat est sans appel: la liquidité, cette «capacité d’avoir un prix pour n’importe quel instrument, à n’importe quel moment, pour une taille raisonnable», selon le mot d’un gérant, s’est évaporée sur le marché secondaire européen. La faute aux normes bancaires qui poussent les teneurs de marché à réduire leur bilan depuis 2008, mais aussi à une situation qualifiée entre 2002 et 2007 de «bulle de liquidité», avec des volumes sur le cash artificiellement gonflés par le poids des produits dérivés (CDO, CDS).
Le modèle d’activité est donc en train de changer. «Les banques ont tendance à avoir des stocks d’obligations plus faibles, mais à les faire tourner davantage», devenant ainsi plutôt des courtiers que des teneurs de marché. Des acteurs plus petits «se spécialisent sur certains secteurs ou segments au sein des marchés de crédit». Côté buy-side, les investisseurs s’adaptent. Ils mettent plusieurs jours à liquider une position en traitant de petits tickets (1 à 2 millions d’euros). «La liquidité pourrait devenir un facteur déterminant de la décision d’investissement, devant la valeur relative ou le profil du crédit», ajoute l’ICMA.
L’essor du trading électronique, estimé à 40% des volumes sur l’investment grade en Europe, devrait se poursuivre et permettre au marché de mieux fonctionner, selon les professionnels. Mais les plates-formes obligataires qui lient émetteurs, gérants et banques entre eux ne constituent pas la panacée: «très peu de participants les voient vraiment décoller», selon l’étude. Surtout, elles ne remplaceraient pas le modèle traditionnel du marché secondaire.
«Les plates-formes sont l’huile qui graisse le moteur. Elles ne fournissent pas de liquidité. Pour cela, vous avez encore besoin de teneurs de marché capables de fixer des prix et de prendre du risque», souligne le rapport.
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