L’Espagne veut nettoyer son système bancaire
Le gouvernement espagnol a annoncé vendredi qu’il préparait un nouveau plan visant à «accélérer la restructuration» des caisses d'épargne espagnoles et à renforcer «la solvabilité et la crédibilité» du système financier alors que les marchés internationaux restent hostiles aux «cajas». Ceci passe par une nouvelle vague de capitalisation qui pourrait aller jusqu'à des nationalisations partielles. Afin de récupérer la confiance des investisseurs, la Banque d’Espagne pousse les caisses à se convertir rapidement en banques.
Afin de clarifier la structure des cajas aux yeux des investisseurs, le Fonds de restructuration du secteur bancaire (Frob) étudie les moyens d’accélérer la transformation en banques de ces fondations de droit privé. Une évolution déjà prévue par le système de fusions froides choisi par la moitié des caisses engagées dans des unions. Mais seules deux d’entre elles ont pour l’instant décidé d’y transférer l’intégralité de leurs activités financières. Selon des rumeurs insistantes, La Caixa devrait également se muer en banque sous peu. Le quotidien El País avance qu’un nouveau décret obligeant les caisses à bancariser leurs activités financières (elles en ont la faculté depuis 2010, avec un apport de capitaux privés limité à 50%) sera introduit à la fin du mois.
Les caisses espagnoles révéleront également avant le 31 janvier l'étendue de leur exposition au secteur immobilier. Selon Jesus Castillo, économiste chez Natixis, elles pourraient accuser des pertes de 65 milliards d’euros dans un scénario noir. La moyenne des estimations table sur un besoin en recapitalisation de 40 à 50 milliards d’euros.
Les investisseurs privés sont-ils prêts à financer un secteur jugé opaque, aux dirigeants discrédités, et qui va devoir fermer de nombreuses agences ? C’est une perspective «peu réaliste», selon Luis de Guindos, expert en finances de l’IE Business School. Le fonds d’investissement JC Flowers avait annoncé en juillet dernier qu’il projetait de racheter 450 millions d’euros d’obligations convertibles en actions de Banca Civica, le sixième des nouveaux groupes de caisses, avant de se rétracter.
En cas de difficultés, le Frob «pourrait offrir un soutien temporaire pour aider les caisses à lever des fonds chez les investisseurs privés» ou, en «dernier recours», il «pourrait fournir des fonds directement en prenant temporairement une participation dans la caisse», indique-t-il. La Banque d’Espagne encouragerait également les caisses à se défaire de leurs participations industrielles.
Le Frob a déjà engagé 12,8 milliards d’euros auprès des caisses sous forme de prêts. Les cajas ayant reçu son aide ont passé 26 milliards d’euros de provisions additionnelles pendant leurs regroupements. Il tentera sous peu d'émettre 3 milliards d’euros les marchés. «Avec 15 milliards effectivement disponibles et une possibilité d’émission de 10 à 12 milliards par an, les ressources mobilisables pourraient alors atteindre 35 à 39 milliards d’ici à 2012, ce qui serait toujours insuffisant dans un scénario extrême», calcule Jesus Castillo. D’où la volonté de l’Espagne d’attirer des capitaux privés.
Si le plan «est de l’ordre de 50 à 60 milliards d’euros, qu’il est crédible, et qu’il permet de clore le dossier du secteur bancaire espagnol, alors cela sera tout à fait positif», a précisé vendredi le directeur de la notation souveraine de Fitch, David Riley, à l’agence Reuters. Au-delà, l’agence pourrait réviser la note du souverain (AA+).
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