L’Espagne teste Bruxelles et ses partenaires en relevant son objectif de déficit

Jugé nécessaire, l’assouplissement à 5,8% du PIB de l’hypothèse de déficit en 2012 va pimenter les discussions avec la Commission européenne
Alexandre Garabedian
Mariano Rajoy, le nouveau chef du gouvernement espagnol. Photo: Jock Fistick/Bloomberg.
Mariano Rajoy, le nouveau chef du gouvernement espagnol. Photo: Jock Fistick/Bloomberg.  - 

Madrid remet les compteurs à zéro. Mariano Rajoy, le nouveau chef du gouvernement espagnol, a annoncé vendredi un objectif de déficit public de 5,8% du PIB en 2012. Un chiffre largement supérieur aux 4,4% que la Commission européenne et le précédent gouvernement socialiste s’étaient fixés. La nouvelle prévision de l’Espagne représente un dérapage d’environ 15 milliards d’euros. Les détails du budget 2012 seront présentés le 30 mars.

En raison d’une croissance plus faible que prévu et d’une exécution budgétaire compliquée dans les régions autonomes, le nouveau gouvernement issu des urnes en novembre a nettement révisé en hausse le déficit 2011: ce dernier atteint 8,5%, au lieu des 6% promis. Avec une telle base de départ, l’objectif 2012 n'était plus tenable.

Mariano Rajoy a-t-il chargé la barque pour se laisser des marges de manœuvre cette année? Certains le soupçonnent. Mais pour de nombreux économistes, un assouplissement de l’objectif de déficit de 4,4% du PIB semblait nécessaire, sauf à engager l’Espagne dans un resserrement excessif qui aurait aggravé la récession. Madrid prévoit déjà une contraction du PIB de 1,7% cette année, contre 1% selon les experts de la Commission européenne.

«Nous pensions que le gouvernement s’en tiendrait à un objectif inférieur à 5,5% du PIB, explique Ricardo Santos, économiste chez BNP Paribas. Et en cas de nouveau dérapage cette année, la cible de 3% du PIB pour 2013 devrait à son tour être révisée, entamant la crédibilité du pays».

Au-delà, c’est tout le nouveau pacte budgétaire, signé vendredi par 25 des 27 pays de l’Union (lire page 3) qui se trouve soumis à un test de crédibilité. D’autant que Mariano Rajoy, au nom de la souveraineté nationale, n’a pas informé les autres chefs d’Etat et a renvoyé à avril sa communication officielle des objectifs à la Commission européenne.

Les discussions entre Madrid et Bruxelles, qui pourrait en théorie sanctionner l’Espagne, s’annoncent donc serrées dans les mois à venir, et source de volatilité potentielle pour les marchés. L’avancement des réformes annoncées par le gouvernement n’en prendra que plus d’importance. «Nous pensons que l’Union européenne acceptera un assouplissement des objectifs compte tenu des progrès, plus importants à nos yeux, réalisés sur les réformes structurelles comme celle du marché du travail», notait Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank, avant ces annonces.

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