Les sorties de capitaux menacent de faire plonger la Russie en récession
Moscou estime qu’elles pourraient atteindre jusqu'à 70 milliards de dollars au premier trimestre, contre 63 milliards sur l’ensemble de l’année 2013
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Patrick Aussannaire
Les investisseurs fuient la Russie à grands pas, alors que la menace d’une sortie du G8 se précise. Le gouvernement russe a lui-même estimé que les sorties de capitaux pourraient atteindre de 65 à 70 milliards de dollars sur le seul premier trimestre de l’année. Un montant supérieur aux 63 milliards sortis du pays sur l’ensemble de l’année 2013, ainsi qu’à la première estimation de 50 milliards qui avait été réalisé par Moscou il y a seulement dix jours.
«Nous ne prévoyons pas de ralentissement significatif des sorties de capitaux au deuxième trimestre», estime en outre ING. Lundi, le patron de Sberbank, première banque russe, estimait qu'à 100 milliards de dollars de sorties en 2014, le pays tomberait en récession.
L’indice actions Micex est en recul de 13% depuis le début de l’année, contre une baisse de 5% pour l’indice MSCI Marchés Emergents. Les investisseurs ont cédé pour 5,5 milliards de dollars d’actions russes depuis le début de l’année jusqu’au 20 février, selon EPFR Global. Un montant très proche des 6,1 milliards cédés sur l’ensemble de l’année dernière. Le ratio PER du Micex a chuté à un niveau historique de 13,73 points en dessous de celui du S&P 500, à seulement 3,51 fois.
Depuis mi-février, le rendement des obligations d’Etat russes à 10 ans libellées en dollar s’est envolé de 80 pb pour atteindre 5,33%, et celui des obligations libellées en devise locale de même maturité de 110 pb à 9,10%. La banque centrale russe a relevé début mars son principal taux directeur de 150 pb, pour le porter à 7%. Moscou s’attend néanmoins à une hausse de l’inflation à 7% fin mars, ce qui rend les taux réels encore peu attractifs pour les investisseurs étrangers. D’autant que le rouble, malgré un rebond de 3% depuis deux semaines, reste sur une trajectoire baissière avec une dépréciation de 8% depuis le début de l’année contre dollar, contraignant ainsi la banque centrale à dépenser 11 milliards de dollars de réserves pour défendre sa devise.
Dans ce contexte, les risques de voir l’économie russe plonger en situation de stagflation se renforcent. Le PIB a progressé de 0,3% au mois de février, après une croissance de 0,1% en janvier. Si Fitch, qui a dégradé vendredi avec S&P la perspective de la note BBB de la Russie à négative, s’attend à une croissance positive de 1% au maximum cette année après 1,3% en 2013, l’agence précise qu’«une récession est possible, compte tenu de l’impact de la hausse des taux, de la faiblesse du rouble et des incertitudes géopolitiques».
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