Les sanctions contre la Russie affecteront par ricochet l'économie européenne
Le rebond de la Bourse de Moscou hier ne doit pas faire illusion. Les sanctions de l’Union européenne contre le Kremlin, comparables à celles adoptées par les Etats-Unis, vont vite pénaliser l’économie russe, mais aussi, par ricochet, la zone euro et les grandes entreprises implantées dans le pays.
«Les sanctions touchant le financement des banques et des grands corporates russes sont les plus importantes», estime Alberto Gallo, en soulignant que «60% de leur financement est aujourd’hui en dollars, 20% en euros, 20% en rouble et une part minime en yuan». Côté américain, VTB, Bank of Moscow, Russian Agricultural Bank et les chantiers navals United Shipbuilding ont rejoint VEB, Gazprombank, Rosneft et Novatek sur la liste des intouchables. Côté européen, les banques publiques russes, dont la dette à court terme atteint 28,5 milliards de dollars selon BNP Paribas, se voient interdire l’accès au financement obligataire euro à plus de 90 jours. Les détails techniques doivent être publiés aujourd’hui.
La banque centrale russe s’est dite prête hier à fournir au secteur financier des liquidités si besoin. Les emprunteurs russes pourraient aussi se tourner vers les investisseurs asiatiques, «mais cette stratégie ne semble pas tenable très longtemps», souligne Alberto Gallo. Sur le marché, les obligations des entreprises sanctionnées ont plongé depuis un mois, ce qui leur promet des coûts de refinancement en hausse.
En accentuant une probable récession cette année en Russie, les sanctions auront un effet boomerang. Après BP ou Renault mardi, qui ont averti sur leur activité dans la région, Total a précisé hier avoir interrompu sa montée au capital de Novatek, à un peu plus de 18%. Un autre secteur pourrait faire les frais des tensions: des députés russes ont proposé d’exclure les Big Four de l’audit et les cabinets de conseil BCG et McKinsey du pays. Enfin, Fitch a dégradé hier les notes de treize banques étrangères en Russie, dont celle de Rosbank, filiale de la Société Générale.
Sur le plan macroéconomique, les économistes de Nomura estimaient hier que la crise russe soustraira 0,3 point de PIB cette année à la zone euro, dont 0,2 point à venir. Le commerce extérieur – la Finlande, l’Autriche et l’Allemagne étant les plus exposées – et les banques seront les deux principaux canaux de transmission.
Une prévision qui ne tient pas compte d’une potentielle escalade des sanctions entre Moscou et les puissances occidentales.
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