Les risques s’accumulent sur les marchés actions
En ce début de saison des publications de résultats, les investisseurs semblent manquer de convictions. Les risques ne cessent pourtant de s’accumuler, que ce soit du point de vue géopolitique, des problèmes d’endettement public des pays industrialisés, et surtout de l’inflation de plus en plus galopante, en particulier dans les pays émergents, qui y sont les plus vulnérables. Pour le moment aucun de ces paramètres n’a suffi à convaincre les investisseurs que nous avions réellement changé d’environnement et quitté un marché porté par les liquidités gargantuesques accumulées depuis plus de deux ans.
Le début de la saison des publications de résultats pourrait être le catalyseur attendu. En effet, pour la première fois depuis l’été 2010, la microéconomie ne devrait plus être un facteur de soutien des marchés, comme on le constate sur le graphique ci-dessous. Notre indicateur avancé, traduisant le rapport entre le nombre de révisions positives et le nombre de révisions négatives effectuées par les analystes financiers mois par mois, a franchi la barrière symbolique de 1 pour le Stoxx 600 au mois de mars. Et cela pourrait durer : entre augmentation du coût des intrants et du coût de financement, et consommation des ménages limitée par la baisse du pouvoir d’achat et par une situation d’endettement toujours problématique partout dans le monde occidental, l’environnement se complique grandement pour les entreprises, qui ont su réatteindre leurs sommets en terme de profitabilité en seulement deux ans.
Les taux de marge nette, qui selon les analystes financiers devraient largement dépasser les précédents plus hauts aux Etats-Unis (10,3% contre 9,6% en 2006 pour le S&P 500) et les frôler en Europe (9,3% en 2011 contre 10,0% en 2006 pour le Stoxx 600), ne pourront se maintenir à de tels niveaux sans de fortes hausses des chiffres d’affaires, qui nous paraissent peu probables au regard du contexte décrit plus haut. En conséquence, la prudence semble être de mise à l’égard des marchés actions, et particulièrement vis-à-vis des secteurs cycliques, qui seront les premiers à souffrir d’une conjoncture plus difficile dans les mois à venir.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse