«Les risques liés au crédit domestique s’accroissent dans les pays émergents»
déclare à L’Agefi Yves Zlotowski, chef économiste à Coface, alors que l’assureur crédit présente aujourd’hui son panorama mondial des risques pays
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Propos recueillis par Florence Guédas
L’Agefi : Les pays émergents semblent épargnés par les turbulences financières. Comment se présente l’année 2008 pour les Bric ?
Yves Zlotowski : Ils ne seront pas sensibles au ralentissement américain. Le taux de croissance des Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) devrait atteindre 8,8 % en 2008, après 9,1 % en 2007. Le taux de croissance du PIB sera supérieur à 6 % en Russie, 11 % en Chine, un peu en-dessous de 5 % au Brésil et autour de 8.5 % en Inde. Non seulement, ces économies disposent d’une demande intérieure forte, mais la part de leurs exportations à destination des Etats-Unis est assez faible. Pour autant, leur note ne s’améliore pas. C’est pourquoi, nous souhaitons ajouter une nouvelle notation, qui reflète le climat des affaires. Elle visera à déterminer la fiabilité des comptes des entreprises, l’efficacité du système juridique, etc. A titre d’exemple, il en ressort une note pays A3 pour la Chine, et une note B pour le climat des affaires, c’est-à-dire deux crans en-dessous de la note pays. Il y a des difficultés récurrentes quant aux droits des créanciers et à la transparence des entreprises en Chine.
Peut-on parler de bulles dans les pays émergents ?
Oui, clairement. L’afflux de liquidités, les excédents courants, le niveau de réserves qui a doublé – 10 mois d’importations contre 6 mois en 2001 – constituent de très bonnes nouvelles pour ces pays. En même temps, il faut être en mesure d’absorber ce niveau de liquidités. Or, cette liquidité vient se placer essentiellement sur les marchés boursiers, ce qui crée des bulles. Des performances exceptionnelles des bourses en 2007 pourraient céder la place à une forte volatilité en 2008. Cela dit, le recours au marché boursier pour se financer concerne surtout les grandes entreprises, le gros du bataillon ayant recours au crédit bancaire domestique, au crédit extérieur ou à l’autofinancement. Si bien que même en cas d’éclatement de la bulle boursière en Chine, les entreprises devraient rester épargnées. Par contre, il faut surveiller le crédit domestique. Ce dernier connaît une forte progression dans un certain nombre de pays de l’Europe émergente – Russie, Ukraine, Kazakhstan – ou d’Asie (Vietnam), où les systèmes bancaires n’ont souvent pas fait l’objet de réformes. Or, l’éclatement d’une bulle du crédit peut être très dangereuse parce qu’elle impacte directement les entreprises. Il ne s’agit pas d’une menace immédiate, mais il faudra surveiller de près l’évolution du crédit bancaire dans les pays émergents en 2008 et 2009.
On entend parfois dire que le risque pays a disparu. Est-ce une réalité ?
C’est vrai que le risque souverain s’est fortement réduit. La situation financière des Etats s’est nettement assainie par rapport à 2001, où l’Argentine et la Russie étaient en situation de défaut. Néanmoins, le risque pays concerne aussi le risque corporate. Phénomène nouveau, les entreprises des pays émergents s’endettent massivement en devises, en euros ou dollars. Dans la plupart des pays, mis à part la Chine et quelques autres, le déficit courant se creuse. On assiste donc à un effet ciseau, avec une montée de la dette en devises d’un côté, et un déficit courant très élevé de l’autre, qui accroît le risque de change. C’est dans ce contexte que nous avons été amenés à mettre un certain nombre de pays de l’Europe émergente sous surveillance négative.
Le risque inflationniste constitue-t-il une menace pour ces pays?
Effectivement. En Chine, les autorités chinoises seront très attentives à une recrudescence de l’inflation. C’est le pouvoir d’achat du consommateur chinois qui en ferait les frais. D’où le dilemme actuel qui consiste à lutter contre l’inflation, tout en maintenant une croissance forte. Or, le relèvement des taux d’intérêt n’a pas produit d’effet jusqu’à présent.
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