Les réserves chinoises dépassent 3.000 milliards de dollars
Les réserves de change chinoises ont grossi de 200 milliards de dollars entre fin décembre 2010 et fin mars 2011, pour atteindre le niveau record de 3.040 milliards de dollars, d’après la Banque populaire de Chine. Les réserves du géant sont donc à présent plus de trois fois supérieures à celles du Japon.
Cette nouvelle poussée, de 7,3 % au premier trimestre, contre 7,6 % au quatrième trimestre 2010, ne s’explique pas que par le dynamisme de la Chine à l’exportation. Même si le solde commercial de l’empire du Milieu reste structurellement excédentaire, Pékin vient d’annoncer son premier déficit commercial trimestriel depuis sept ans, une pause liée à la hausse des matières premières et à la montée temporaire des importations en raison du Nouvel an chinois. Ce qui laisse penser à d’importants flux financiers vers le pays sur le trimestre.
La volonté de la Chine de limiter l’appréciation du yuan contribue également à l’accumulation de réserves de change. Le pays est à la tête des plus importantes réserves mondiales alors qu’il n’aurait besoin que de 780 milliards de dollars de réserves, d’après les estimations de spécialistes cités par Reuters. Ce montant permettrait de couvrir trois mois d’importations et l’ensemble de la dette extérieure à court terme.
Les fluctuations du billet vert sont aussi à l’origine de cette nouvelle montée des réserves de change. Celles-ci sont en effet mesurées en dollars mais composées, pour une part non spécifiée, d’autres devises. Le repli du dollar au premier trimestre a donc amplifié la hausse des réserves. En données ajustées, la hausse des réserves s’élèverait à 5,2%, soit un peu moins que la progression brute de 7,3 %, d’après Steven Englander, responsable de la stratégie change pour le G10 chez Citi. Ce rythme est «toujours très élevé», souligne-t-il. Sur un an, il se traduirait par des achats de devises étrangères de 600 milliards de dollars par la Chine.
L’annonce de ce nouveau record des réserves de change chinoises devrait alimenter aujourd’hui le débat entre les pays du G20 sur la manière d’utiliser les indicateurs de déséquilibres internationaux, dans le but de pousser les pays affichant les déséquilibres les plus forts, en particulier la Chine, à les résorber. Mais Pékin, qui y voit un moyen, pour les pays développés, de brider son développement, ne sera pas facile à convaincre.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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