Les pays émergents deviennent victimes de l’aversion pour le risque
Des statistiques économiques récemment publiées ont contribué à faire grandir le doute des investisseurs concernant la capacité des pays émergents à soutenir la croissance mondiale. La progression du PIB chinois au premier trimestre (+8,1%) est ressortie au plus bas depuis presque trois ans, la hausse du PIB en Inde (+5,1%) ayant atteint un plancher de 9 ans sur la période. Quant au Brésil, dont l’activité a été quasiment à l’arrêt entre janvier et mars (+0,2%), il juge désormais difficile d’atteindre son objectif annuel de 4,5%.
En conséquence, entre le 23 et le 30 mai, «les retraits de fonds actions se sont élevés, comme en Europe occidentale, à 0,2% sur les marchés émergents, tandis que les fonds obligataires ont enregistré un flux négatif de 0,3%», indiquent les derniers chiffres des stratégistes de Deutsche Bank. Le Japon et les Etats-Unis ont de leur côté bénéficié de flux positifs en actions, tandis que sur le marché de la dette ce dernier pays a été devancé par l’Allemagne.
L’aversion pour le risque s’étend aux devises émergentes. Malgré un stress économique et financier un peu moins élevé en Asie par rapport à l’Amérique latine ou à l’Europe centrale, les économistes de Citigroup notent en mai «une détérioration générale des indicateurs de risques» dans l’ensemble des régions émergentes. Le risque de dépréciation semble très élevé pour les monnaies à haut rendement comme «le peso colombien, la lire turque, le rand et la roupie», ajoutent-ils.
Affecté par les difficultés de l’Europe, le rouble subit également le contrecoup du recul des cours du brut, l’économie russe étant très dépendante des exportations d’hydrocarbures. Le premier ministre Dmitri Medvedev a d’ailleurs ordonné ce week-end à la Banque centrale d’intervenir si besoin sur le marché des changes pour soutenir la devise du pays.
Des initiatives similaires adoptées par les banques centrales de nombreux pays émergents se sont déjà traduites par un fort désengagement de l’euro en mai, amplifiant un mouvement initié par des fonds d’arbitrage et des investisseurs institutionnels. Selon Nomura, «la Corée du Sud a dépensé 7 milliards de dollars pour soutenir le won durant les dernières semaines». Si ces banques centrales ont contribué à limiter la chute de la monnaie unique l’an dernier, le soutien à leurs devises produit aujourd’hui l’effet inverse.
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