Les mauvais résultats de Novartis témoignent des maux de la pharmacie mondiale

Les pressions politiques et réglementaires pourraient encore affaiblir le profil défensif d’un secteur en manque de relais de croissance
Yves-Marc Le Réour

Les résultats de Novartis annoncent des temps difficiles pour la pharmacie mondiale. Le laboratoire suisse a en effet publié jeudi un bénéfice net et opérationnel en baisse respective de 42 % et 48 % au 4e trimestre, tous deux largement en dessous du consensus. Le chiffre d’affaires a progressé de 6 % en dollars mais a reculé de 1 % en monnaies locales, principalement à cause d’un plongeon des ventes de la division pharmaceutique aux Etats-Unis. Les ventes de vaccins et les génériques (Sandoz) ont en revanche poursuivi leur solide croissance. Pour l’année en cours, Novartis prévoit « une hausse de son chiffre d’affaires d’environ 5 % en monnaies locales » et table sur « un léger redressement opérationnel dans sa division Pharmacie, mais celle-ci ne devrait gagner aucune part de marché, contrairement aux autres activités ». Le groupe a d’ailleurs confirmé l’impact négatif jusqu’à la mi-2008 des activités pharmaceutiques nord-américaines.

Cette situation traduit bien les difficultés structurelles auxquelles font face les géants de la pharmacie mondiale, concernant le rythme des innovations d’abord : le nombre moyen de produits commercialisés chaque année est ainsi tombé à 28 sur la période 2000-2004 contre une quarantaine entre 1995 et 1999. La commercialisation de génériques se fait également parfois attendre, ceux-ci phagocytant la franchise plus rentable des médicaments sous ordonnance. Les pressions politiques et règlementaires vont en outre s’accentuer des deux côtés de l’Atlantique, la Commission européenne venant d’effectuer une série de perquisitions chez les grands laboratoires, y compris Sandoz, dans le cadre d’une « enquête sectorielle générale » concernant notamment l’utilisation abusive des droit de brevets (voir L’Agefi d’hier). Le vent contraire devrait également souffler des Etats-Unis en pleine campagne électorale, les programmes des candidats démocrates et même celui du républicain John McCain n’étant pas favorables au secteur.

Au vu de ces incertitudes, il n’est donc pas sûr que le programme structurel d’économies de coûts lancé en décembre par Novartis ou la plus forte rémunération des actionnaires annoncée aujourd’hui (nouveau rachat d’actions de 10 milliards de francs suisses et dividende en hausse de 18,5 %) soient suffisants pour permettre au titre - qui a perdu 12 % en 2007 - de vite retrouver la faveur des investisseurs.

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