Les investisseurs suisses ont forcé la BNS à laisser filer la devise

Les rapatriements de capitaux hors de la zone euro vers la Suisse fin 2014 ont nourri la hausse du franc, qui a conduit mi-janvier à l’abandon du peg.
Alexandre Garabedian

La Suisse et ses exportateurs ne pourront pas blâmer les «spéculateurs» étrangers de la flambée du franc. Les pressions haussières sur la devise suisse, qui ont conduit le 15 janvier la banque nationale (BNS) à abandonner par surprise le plancher de 1,20 liant le franc à la monnaie unique, ne sont pas imputables à un afflux massif de liquidités de la part des investisseurs non résidents. Les statistiques de la balance des paiements au quatrième trimestre, publiées cette semaine, montrent au contraire que les investisseurs domestiques portent la responsabilité de ce mouvement.

«L’amélioration de la balance des transactions courantes, le large rapatriement de capitaux de la part des investisseurs suisses, et les flux nets d’investissement direct étranger en Suisse, ont été les principales raisons des pressions à la revalorisation du franc, qui a conduit la BNS à abandonner le plancher de change en janvier», soulignent les stratégistes change de Nomura.

S’agissant des investissements de portefeuille au quatrième trimestre, «les résidents ont vendu des titres d’émetteurs étrangers, principalement des obligations, pour 12 milliards de francs, alors qu’ils en avaient acheté pour un montant net de 11 milliards au quatrième trimestre de l’année précédente», précise la BNS. Il s’agit du plus fort repli vers les actifs domestiques depuis le dernier trimestre 2011, lorsque la crise de la zone euro avait poussé les investisseurs suisses à rechercher la sécurité chez eux, souligne Nomura. A l’inverse, les investisseurs non domestiques ont été des vendeurs nets d’obligations et surtout d’actions suisses au dernier trimestre, à hauteur de 2 milliards de francs.

Depuis le choc du 15 janvier, la devise helvétique s’est appréciée aux alentours de 1,05 pour un euro. Les taux suisses, eux, se sont enfoncés en territoire négatif jusqu’à la maturité 12 ans des emprunts d’Etat, à des niveaux encore plus pénalisants pour les gérants de portefeuille que ceux de la courbe en euros. «Cela pourrait encourager les investisseurs suisses à sortir du marché en euro pour se reporter sur d’autres marchés obligataires tout en évitant de rapatrier ces fonds sur l’obligataire suisse», estime Nomura.

Un mouvement que la BNS surveillera de près, car elle n’a pas intérêt à voir le franc s’apprécier encore et nourrir les pressions déflationnistes dans le pays.

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