Les investisseurs fuient les actifs risqués
L’aversion pour le risque est montée d’un cran hier alors que la situation de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima est toujours préoccupante. L’incertitude sur les effets du nuage radioactif qui s’échappe de la centrale a provoqué une nouvelle baisse des marchés boursiers dans le monde. Les conséquences du séisme et du tsunami survenus au Japon vendredi dernier s’alourdissant au fil des jours, le repli des places boursières et des actifs risqués a eu tendance à s’accentuer ces derniers jours.
Le marché actions de l’Archipel est le premier à en faire les frais. L’indice de référence Topix a chuté en début de semaine dans des volumes inégalés. Le mouvement de fuite des investisseurs intervient alors que les sociétés de gestion internationales s’étaient repositionnées depuis quelques mois sur les actions japonaises. Les fonds spécialisés dans ce segment ont récemment réalisé quatorze semaines consécutives de collecte, d’après le bureau d’études EPFR. Par ailleurs, d’après la dernière étude de Bank of America Merrill Lynch auprès de 200 grands gestionnaires mondiaux, 8% en net des professionnels interrogés surpondéraient les actions japonaises début mars, alors qu’ils ont sous-pondéré la classe d’actifs la majeure partie de l’année 2010.
Pour limiter le repli des valeurs, le Tokyo Stock Exchange a interdit aux brokers de vendre des titres pour leurs propres opérations d’arbitrage tant que le Topix ne sera pas repassé au-dessus de 776,96 points. Lundi dernier, la banque centrale du Japon a par ailleurs doublé à 10.000 milliards de yens (88,6 milliards d’euros) la capacité d’un fonds autorisé à acheter des ETF, des parts de fonds et des obligations dans l’espoir de limiter les flux vendeurs.
L’aversion pour les actifs risqués ne touche plus seulement le Japon. Jusqu’à lundi, les indices boursiers avaient marqué le coup principalement en raison de l’exposition des sociétés internationales à l’économie japonaise. C’est un mouvement plus large qui s’est dessiné hier alors que les marchés s’inquiètent des conséquences de la crise nucléaire japonaise à l’échelle mondiale. En Europe, l’Eurostoxx 50 a accéléré ses pertes. Il a clôturé en baisse de 2,4% après avoir reculé de 1,1% et 0,9% vendredi et lundi. Le constat est le même sur le CAC 40, qui, sur les trois dernières séances, a cédé 4,6% à 3.780,8 points.
Le marché du crédit européen est également sous tension. L’indice iTraxx Crossover s’est tendu hier de 14,6 points de base (pb) à 405pb. Enfin, le marché des matières premières accuse le coup. Après avoir grimpé de près de 8% la dernière quinzaine de février sur fond d’incertitude géopolitique au Moyen-Orient, l’indice sur les matières premières CRB a perdu hier 2,5%.
Le désastre japonais risque bien de remettre en cause les tendances récentes en matière d’allocation d’actifs, au moins à court terme. Sur les six derniers mois, dans un contexte de rebond de la croissance mondiale, le «Panel Allocations» de L’Agefi avait relevé la part des actions, passant de 44% à 50% début mars. Parallèlement, la part de l’obligataire avait diminué, tombant de 46 à 38%.
Hier, un mouvement inverse s’est produit sur le marché des obligations d’Etat. Compte tenu de la forte demande, le rendement des obligations à dix ans allemandes s’est resserré de 9 pb à 3,134%. Celui des OAT françaises s’est également détendu.
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