Les groupes français montent en régime dans les pays émergents

Dans certains secteurs, comme la construction, le phénomène permet d’atténuer le risque que fait peser un éventuel affaiblissement outre-Atlantique
Olivier Decarre

Un ralentissement de l’économie américaine risque-t-il d’avoir de lourdes répercussions pour les groupes français ? A priori, on peut le craindre. « En tenant compte des parités de pouvoir d’achat, le poids des Etats-Unis dans l’économie mondiale n’a pas reculé depuis 1980. Il a même légèrement augmenté », avance un économiste. Alcatel-Lucent a d’ailleurs produit un discours prudent sur 2008 compte tenu des incertitudes qui pèsent outre-Atlantique (32 % de l’activité).

Il n’empêche que pour les entreprises de l’Hexagone, l’exposition à l’économie américaine semble se réduire peu à peu au détriment des zones émergentes. Même s’ils ne donnent qu’une vision partielle du phénomène, les chiffres des exportations françaises permettent de s’en faire une idée. En 2007, les Etats-Unis n’en représentaient plus que 6,31 % contre 8,7 % en 2001. A l’inverse, le part des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) est passée de 2,1 % à 5,1 % sur la même période.

Dans une étude récente, Aurel juge ainsi, chiffres à l’appui, que dans le secteur de la construction européenne, il ne faut « pas surestimer le risque américain ». Depuis 2004, le poids de l’Amérique dans l’activité y est passé de 20 % à 17 % alors que celui des émergents a grimpé de 10 % à 14 % (voir graphique). Et le bureau d’ajouter que « la contribution des Etats-Unis à la croissance des profits est en fort recul ». Leur contribution à l’opérationnel est estimée à 20 % pour 2007 contre 43 % pour l’Europe et 37 % pour l’Asie.

Dans un secteur proche, celui des équipements électriques, le mouvement est tout aussi significatif. Chez Schneider, les émergents pèsent désormais 32 % de l’activité contre 27 % en 2004. Quant à Legrand, il a vu la part des émergents dans son chiffre d’affaires passer de 19 % à 25 % depuis 2005, alors que celle des Etats-Unis a reculé de 18,3 % à 15 %. Les émergents ont de surcroît apporté la moitié de la croissance en 2007.

Traditionnellement exposé outre-Atlantique, Sodexo a lui vu son profil d’activité évoluer. En trois ans, le poids des Etats-Unis dans le chiffre d’affaires a été réduit de 5,6 points à 40,8 %, en partie au profit du reste du monde (passé de 9,2 % à 11,4 %). Sanofi-Aventis est presque autant exposé aux Etats-Unis (plus du tiers de ses ventes). Mais c’est bien dans les BRIC (6,8 % de l’activité) que le laboratoire est également allé l’an passé chercher une large partie de sa croissance (25 %).

Bien entendu, cela nécessite quelques adaptations, notamment en termes de structure et de coûts. Schneider et Legrand sont parmi les exemples les plus marquants. Pour le premier, la base de production est désormais située à 55 % dans les pays dits « à bas coûts », alors que ce taux n’était que de 32 % en 2001. Même situation chez le limougeaud pour qui cette proportion est passée de 31 % à 54 % entre 2002 et 2007.

Les relocalisations ont également été légions dans l’automobile. De 13,1 % en 2005, la part des ventes (en unités) de PSA dans les zones émergentes (Europe de l’Est, Russie, Chine et Mercosur) est montée à plus de 18 % en 2007. Le groupe s’est donc adapté en portant de 3 % à 13 % la part de sa production européenne située en zones à bas coûts.

Ainsi, le développement dans les pays émergents peut s’avérer rentable, parfois même plus que dans d’autres régions. Tel est le cas pour Legrand qui y revendique pour 2007 une marge opérationnelle de 18 %, soit 0,5 point de plus que pour l’ensemble du groupe. Renault est un autre exemple. Tandis que le constructeur a dégagé 3 % de marge en 2007, sa rentabilité a atteint 8,8 % avec la Logan sur le seul marché roumain.

Qu’il s’agisse des craintes liées aux Etats-Unis (pour ceux qui y sont exposés) ou des perspectives des économies en devenir, tout semble donc plaider pour une poursuite du mouvement en direction des émergents. Les groupes français l’ont bien compris. Renault prévoit d’écouler 37 % de ses volumes en 2009 hors d’Europe, après 35 % en 2007 et 27 % en 2005. Idem pour Saint-Gobain, un groupe qui a particulièrement souffert des incertitudes sur l’économie américaine. Sur le dernier exercice, les émergents ont compté pour 15 % de son activité (soit autant que l’Amérique du Nord). Et il ambitionne de porter ce chiffre à 33 % en 2010.

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