«Les franchissements de seuils peuvent, en pratique, poser problème»
L’Agefi : Quelle est la philosophie du franchissement de seuil ?
Arnaud Larrousse : Ce mécanisme est destiné à assurer une meilleure transparence du marché. A ce titre, même si le seuil légal le plus bas - à 5% du capital et des droits de vote - nous apparaît encore élevé, les régulateurs européens poursuivent leurs réflexions afin de prendre en compte davantage de situations qu’aujourd’hui.
Les contrats dérivés et autres outils financiers utilisés par les intervenants de marché, notamment les hedge funds, ne sont pas tous pris en compte par les règles de déclaration de franchissements de seuils, et se pose alors la question de la déclaration du risque économique lorsque celui-ci est dissocié de la propriété des titres.
Cette règle est-elle bien respectée ?
Dominique Bordes : Elle devrait l'être. La loi prévoit en particulier la privation automatique des droits de vote attachés aux actions excédant le seuil dont le franchissement n’a pas été déclaré, pendant une durée de deux ans à compter de la régularisation de la déclaration. Cette sanction est automatique : son application a seulement à être constatée par le bureau de l’assemblée générale.
Simon Charbit : Cette sanction touche l’actionnaire et non les actions elles-mêmes, affectant également les actions supplémentaires acquises par l’actionnaire concerné pendant ce délai. A l’inverse, si les actions privées de droits de vote sont cédées dans ce délai, leur cessionnaire disposera du droit de vote.
D.B. : L’actionnaire défaillant encourt aussi une sanction judiciaire facultative de suspension des droits de vote attachés à tout ou partie de ses actions - et non seulement celles attachées aux actions excédant le seuil non déclaré -, pour une durée pouvant aller jusqu'à cinq ans.
Une sanction pénale est également possible à hauteur de 18.000 euros.
A.L. : L’AMF peut aussi prononcer une sanction pécuniaire, pouvant aller jusqu'à 1,5 million d’euros ou le décuple du montant des profits réalisés. La seule sanction prononcée par l’AMF pour ce motif s’est en outre accompagnée de la publication de la décision, ce qui constitue une sanction supplémentaire dissuasive [Jousse Morillon Investissement, décision du 9 novembre 2006].
La gestion des franchissements de seuils pose-t-elle des difficultés ?
S.C. : Si la gestion des franchissements de seuils peut apparaître simple, en pratique de nombreux cas peuvent poser problème. Notamment en ce qui concerne les titres assimilés (art. 233-9 du Code de commerce) dont il faut tenir compte pour déterminer si un seuil a été franchi, même si les titres ne sont pas effectivement détenus par la personne tenue à la déclaration.
Une analyse au cas par cas est nécessaire et l’AMF peut d’ailleurs intervenir pour clarifier certaines situations. En juillet 2007, l’AMF a précisé la notion de droits de vote théoriques désormais utilisée pour déterminer si un seuil en droits de vote a été franchi. En outre, elle a mis fin à une incohérence entre les règles sur les déclarations de franchissements de seuils et celles sur les offres publiques obligatoires. L’AMF demande à présent qu’il soit tenu compte des droits de vote suspendus dans les deux cas, alors qu’auparavant, les droits de vote suspendus n'étaient pas pris en compte pour déterminer si un seuil déclencheur de l’obligation de déposer une offre publique avait été franchi.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
A.L. : Au Royaume-Uni, dans une logique d’amélioration de la transparence, le régulateur réfléchit actuellement à un régime général de déclaration de prise de position économique et a organisé, dans ce cadre, une consultation qui a pris fin récemment. En France, le rapport du groupe de travail présidé par Yves Mansion vient de proposer des pistes de réflexion pour éviter les trafics de droits de vote avant les assemblées. Une information spécifique pourrait être due en période d’assemblées générales et les franchissements de seuils apparaissent comme une solution ; tout actionnaire détenant au moins 2% des titres d’une entreprise, en incluant les titres empruntés, pourrait ainsi être tenu de révéler la taille exacte de sa participation et l’identité des propriétaires réels des titres.
D.B. : L’AMF prépare actuellement une modification de son règlement général. Le régulateur n’exercera plus son contrôle a priori sur les déclarations de franchissements de seuils, mais seulement a posteriori. La mise en ligne de la déclaration incombera alors directement à l’investisseur, une manière de le responsabiliser davantage, mais aussi de mettre l’information à la disposition du marché plus rapidement.
Plus d'articles du même thème
-
Nordea AM lance son premier fonds systématique obligataire
La stratégie est notamment gérée par Lucette Yvernault et Marton Huebler, qui sont arrivés en octobre dernier. -
CI GAM finalise l’acquisition des fonds canadiens d’Invesco
Le gestionnaire d’actifs canadien CI Global Asset Management a finalisé le rachat des fonds d’investissement canadiens de son homologue américain Invesco. L’opération, annoncée à la mi-janvier 2026, couvre 98 fonds mutuels et ETF précédemment distribués par Invesco Canada pour un montant de 27 milliards de dollars canadiens (16,7 milliards d’euros). -
Covéa Finance adhère aux Principes pour l'investissement responsable
La société de gestion du groupe Covéa, Covéa Finance, a adhéré aux Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations Unies, a annoncé l’entreprise fin mai. -
Invesco dévoile deux nouveaux ETF actifs Ucits
Les deux stratégies sont exposées aux marchés des obligations d’entreprise investment grade. -
Amundi compte une nouvelle administratrice indépendante
Dominique Potiron était précédemment associée du cabinet de recrutement Spencer Stuart. -
Un marché des AT1 en surchauffe permet aux banques de bloquer leurs spreads pour 10 ans
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent.
ETF à la Une
WisdomTree commercialise WDIG pour investir dans les métaux stratégiques clés
- L’AMF s’apprête à clarifier les obligations des sociétés de gestion en matière de rémunération des distributeurs
- LBP AM et La Financière de l’Echiquier annoncent leur projet de fusion
- Sanso Longchamp AM gagne pour la première fois l'Alpha League Table
- James Reynolds (GSAM International) : «Il y aura une dispersion croissante des performances en crédit privé»
- Des investisseurs nordiques veulent empêcher le retour des forages arctiques
Contenu de nos partenaires
-
Emploi ou retraiteCumul emploi-retraite : pourquoi des députés et DRH dénoncent une réforme contre-productive
Alors qu’elle vise à inciter les seniors à rester en emploi, des opposants de plus en plus nombreux à cette réforme affirment qu’elle produira l’effet inverse -
Violences après le sacre européen du PSG : Lecornu veut faire payer « celui qui détruit »
Mardi 2 juin, Sébastien Lecornu a dénoncé les débordements survenus après la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions. « Un auteur d'un acte de violence ou de dégradation doit pouvoir réparer », a affirmé le Premier ministre à l'Assemblée nationale -
BasculeImmigration : le grand tour de vis européen
Le Parlement européen et les Vingt-Sept se sont mis d’accord sur un texte ouvrant la voie aux centres de rétention à l’étranger et à un allongement des périodes maximales de rétention