Les financières contraintes à un nouvel exercice de transparence

Les déboires des assureurs monoline pénalisent d’autant plus le secteur que les banques françaises sont loin d’avoir provisionné tous leurs risques
Alexandre Garabedian

Après la boîte noire du subprime, un nouvel épouvantail a saisi en ce mois de janvier les marchés boursiers : le secteur des assureurs monoline. Si le problème est pourtant identifié depuis cet été, la dégradation d’Ambac, et potentiellement d’autres grands du secteur, fait naître une nouvelle source de risque dans la planète financière (L’Agefi du 26 décembre). Au point que certains réclament déjà un plan de sauvetage public des monolines.

Certaines valeurs financières ont dès hier tenté de jouer la transparence. L’exposition aux rehausseurs de crédit serait nulle pour Scor, le réassureur indiquant que « sur un portefeuille d’investissement total de 19 milliards d’euros, Scor ne détient que 83 millions d’euros de titres dont la notation est rehaussée par des «monoliners» ou «guarantors» américains ». Même constat chez Axa, pour qui « la crise des monoliners n’aura pas d’impact significatif sur les résultats 2007 », sans plus de précisions. Le paysage est tout autre chez Dexia. La banque franco-belge détient 5,8 milliards d’euros de titres garantis par Ambac, mais aucun CDO d’ABS. L’exposition de sa filiale de rehaussement FSA atteint pour sa part 6,2 milliards d’euros.

Difficile cependant d’en tirer des conclusions précises en termes de provisions ou de pertes. Car à supposer qu’un rehausseur de crédit fasse défaut, les titres qu’il assure ne valent pas pour autant zéro. Sur les 2.400 milliards de dollars d’obligations rehaussées dans le monde, « seulement » 127 milliards, selon S&P, sont des CDO exposés au subprime. En revanche, un assureur monoline vendant souvent sa protection à travers des swaps de défaut (CDS), une dégradation de sa note peut amener ses contreparties à exiger la mise en œuvre immédiate de leur garantie alors qu’il n’en a plus les moyens. C’est ce qui est arrivé à ACA, dégradé de A à CCC : l’assureur a négocié un délai avec ses contreparties, mais plusieurs banques, dont le Crédit Agricole et Merrill Lynch, ont déjà provisionné les portefeuilles de CDO garantis par le groupe.

Cela promet donc un nouveau casse-tête aux banques et aux assureurs en matière de communication. D’autant que l’exercice de provisionnement sur les actifs à risque (tranches CDO super senior, etc.) n’a pas été mené à son terme chez les banques françaises. Ce qui explique aussi qu’elles aient été les plus sanctionnées en deux jours.

ABS : asset-backed securities ; CDO : collateralized debt obligations ; CDS : credit default swap.

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