Les Européens veulent établir le Libor sur des transactions réelles
Gary Gensler, le président de l’autorité américaine de surveillance des marchés à terme (CFTC), souhaite la disparition du Libor, le taux interbancaire piloté par l’Association des banques britanniques, au moins dans sa forme actuelle. «Je pense qu’il est essentiel que les taux de référence (benchmark) reposent sur des transactions observables», a-t-il déclaré lors d’un échange par téléconférence avec le Parlement européen qui organisait lundi une audition sur ce sujet.
Or les actuels indices prodigués par la British Bankers Association sous l'étiquette Libor, dont la crédibilité a été mise à terre par les révélations de manipulation faites l'été dernier, reposent sur des déclarations et non sur des transactions réelles.
L’utilisation des données de transaction réelles rend les indices «moins vulnérables aux mauvaises conduites» liées aux conflits d’intérêts inhérents au calcul de tels indices, a expliqué le régulateur américain. Le commissaire Michel Barnier, qui a ouvert une consultation sur le sujet jusqu'à la fin novembre, a abondé dans ce sens : «quand un indice est basé sur des transactions réelles, les possibilités de manipulation sont moindres». Avec toutefois une réserve : «c’est une option sérieuse mais il faut vérifier que cela fonctionne et que c’est possible».
«Toutes les options sont sur la table» pour rétablir la crédibilité des indices, non seulement de taux mais aussi de matières premières, «toutes sauf le statu quo et l’autorégulation», a-t-il expliqué. De source proche du commissaire, il semble toutefois peu probable que les Européens penchent pour confier à une institution publique, comme la Banque centrale européenne, le calcul et la validation d’indices actuellement défaillants. Les pistes portent plutôt sur la régulation de la méthodologie des données utilisables et des procédures internes pour gérer les conflits d’intérêts des producteurs d’indices privés.
Daniel L. Doctoroff, le président directeur général de Bloomberg, qui participait à l’audition, a plaidé de son côté pour la solution maison : un «B-Libor», calculé sur une base d’institutions et de «transactions ayant à faire avec le crédit» (tels les CDS ou certains taux obligataires), donc plus fiable. «Si nous avons le soutien des régulateurs, nous pensons que nous pouvons avoir quelque chose sur le marché d’ici un an, au plus tard fin 2013», a-t-il expliqué en marge de l’audition.
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