Les Etats-Unis notent la sous-évaluation du yuan sans crier à la manipulation

Alors que la Banque centrale chinoise vient de rehausser son cours pivot, le Trésor américain admet que la monnaie s’est un peu appréciée, mais pas assez
Solenn Poullennec

Les Etats-Unis restent prudents sur la sous-évaluation de la monnaie chinoise. Dans son rapport au Congrès sur l’économie et les politiques de change internationales publié hier, le Trésor américain n’accuse pas la Chine de manipuler sa monnaie, contrairement à la demande de certains membres du Congrès, mais appelle à une «appréciation continue» de celle-ci.

Selon le Trésor, entre juin 2010 et le 16 décembre 2011, le renminbi s’est apprécié de 7,5% contre le dollar. Si l’on tient compte de l’inflation, qui a été bien plus importante en Chine qu’aux Etats-Unis, ce chiffre passe à 12% sur la période, soit une appréciation de 40% depuis 2005. Comme pour répondre aux doléances américaines, pas plus tard qu’hier, la Banque Populaire de Chine (PBOC) a encore relevé le cours pivot autour duquel évolue sa monnaie à un plus haut depuis 2005 de 6.3146 yuans pour un dollar. Un mouvement qui pourrait signaler une tendance à l’appréciation, malgré les mauvaises conditions économiques mondiales qui tirent la monnaie vers le bas.

Même si l’administration américaine reconnaît que la sous-évaluation s’est atténuée récemment, elle affirme que la monnaie chinoise «reste substantiellement sous-évaluée». D’ailleurs, le yuan est tombé plusieurs fois cette année dans la limite basse de sa bande de fluctuation. Dans un rapport de juillet, cité par le Trésor, le FMI estime qu’en fonction de la méthode de calcul choisie, le yuan est sous-évalué de 3%, 14% ou 23%.

Le Trésor rappelle à la Chine les engagements pris au G20 pour diminuer progressivement l’accumulation des réserves de changes. Même si son rythme a un peu diminué au troisième trimestre, il équivalait à 1 milliard de dollars de devises stocké par jour. A la fin du mois de septembre, la Banque Populaire de Chine détenait 3.200 milliards de dollars, soit 54% du PIB chinois et une moyenne de 2.400 dollars de réserves par citoyen chinois.

Même si le message est clair, la position du Trésor suscite de nombreuses critiques, côté républicain, la question étant devenue un des sujets de la campagne présidentielle. Mais elle fait aussi grincer des dents l’organisation Alliance for American Manufacturing qui regroupe des entreprises du secteur manufacturier. Celle-ci appelle le Congrès à voter la loi adoptée par le Sénat en octobre qui autoriserait l’administration à imposer des taxes sur les produits importés de pays sous-évaluant leur monnaie.

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